Dans les pas de Wilfred Thesiger

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Rub al-Khali
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Bouts du monde n°3915 
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Carnet de voyage Oman

Rub al-Khali. Le nom est vertigineux. Charline Gerbault l’a découvert au fil de la lecture du Désert des Déserts, écrit par Wilfred Thesiger en 1959, alors qu’elle s’envolait pour Oman. Il fallait aller voir. Avec l’espoir de ressentir la même émotion que celle qui avait submergé l’explorateur britannique au début du XXe siècle. Une autre époque.

– EXTRAIT –

J’ai dans mon sac un livre. L’unique ouvrage qu’une libraire m’a conseillé pour un premier voyage en Oman. Le Désert des déserts. Prometteur. La quatrième de couverture est remplie d’éloges sur son auteur. Un Britannique, nommé Wilfred Thesiger. J’ignore tout de lui, je vais apprendre à le connaître, il va être mon compagnon de route. J’ai commencé sa lecture dans l’avion qui m’emmenait dans la péninsule arabique, sans savoir que les mots que je lisais seraient ceux que je pourrais moi-même employer. Les « Sables », comme il ne cesse de les nommer, occupent les deux tiers du territoire sous différentes formes : du grain le plus fin aux roches les plus dures. Ces « Sables », je les ai approchés pour la première fois à mesure que je tournais les pages. C’était les Wahiba Sands en décembre 2016. Je me suis arrêtée de lire dès mon retour en France, comme si l’endroit et le moment devaient aller de pair. Au fil des pages que j’avais lues, aucune évocation des Sables des Wahiba ; il m’aurait fallu attendre la page 383, j’en étais loin. Par contre celui dont il ne cessait de parler, de décrire, c’était le désert du Quart Vide, le Rub al-Khali, à 240 kilomètres de là. Comme une évidence, il me fallait revenir pour le rencontrer.

J’ai toujours dans mon sac ce livre. Un an après, me voilà dans un avion, je pense à lui, la raison de mon retour. Lui, Wilfred Thesiger, ou le Rub al-Khali ? Le voyage me le dira. J’atterris. Depuis Mascate, la route est longue mais simple, il faut d’abord se diriger toujours tout droit vers le sud via l’ancienne capitale fortifiée de Nizwa, passer ensuite l’oasis d’Adam, puis traverser un paysage monotone jusqu’à Hayma. Rouler, rouler, rouler pendant des heures, une interminable journée s’allonge devant moi. Soudain, à l’heure où le soleil se couche, il surgit tel un mirage. Je devine en premier le minaret de la mosquée, mieux encore le muezzin chante l’appel, les haut-parleurs crient la prière sur ce village immaculé : Muqhshin. Un nom dont je me souviens, cité des dizaines de fois par Thesiger, pour sa concentration de sauterelles, pour sa rencontre avec un cheikh, pour la sacralité du lieu. Ce que je vois, c’est une petite bourgade de bord de route où il est difficile d’imaginer que c’est ici que tout commence.

« Certaines années, al Auf me l’avait raconté le matin-même, les hommes épuisés retournaient aux puits, pour parler de leurs lèvres noircies et ensanglantées, de la désolation du désert, du vide que j’avais vu sur la route en venant de Mughshin. »

Carnet de voyage de Laurent Boiveau à découvrir dans Bouts du monde n°39

 

 

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