Marche trop courte en Mauritanie
– EXTRAIT –
Cette envie de Mauritanie avait pris racine lors de mon tout premier stage dans le monde du tourisme. Alors, quand j’ai pu suivre les traces de ceux que j’avais rencontrés, dont la beauté se para de chèches indigo contrastant avec leur peau d’ébène, j’ai tout de même réfléchi à deux fois… le voyage me paraissait trop court.
Pourtant, pendant cette semaine au cœur de l’Adrar, j’ai eu la sensation de prendre le temps pour la première fois. Je me suis laissée happer par ce vent venu du Sahara et chaque pas prenait place, comme un pèlerinage vers soi.
L’arrivée à Atar s’est faite brûlante. La chaleur de ce mois de janvier est venue m’enfourner dans les méandres du passage aux frontières. Ici, je me suis entourée de gens venus pour la même chose : un trek au milieu du désert. Les toilettes sont magnifiquement propres et je me cache du soleil derrière l’ombre d’un poteau. C’est à mon tour de me faire prendre en photo. Ma tête à moitié réveillée est collée de travers sur mon passeport.
L’aventure commence au pas de l’aéroport. On m’invite à monter dans un 4×4 et me voilà à découvrir mes compagnons de voyage. Nous entrons tous dans la même tranche d’âge, à l’exception de cette mère venue accompagner son fils pour son anniversaire. Au premier stop, on engloutit un sandwich chaud. Au second, on nous sert non un, mais trois thés brûlants. Notre guide nous explique qu’il faut savoir prendre le temps. Assis sur un tapis, on semble hésitant. La douceur sucrée glisse à l’intérieur de mes entrailles, reboostant ce corps de femme qui doit lutter chaque mois. La satisfaction du moment présent, sous les acacias, a revêtu un goût liquoreux que j’emporte en haut des dunes, pour admirer notre premier coucher de soleil sur l’erg Amatlich. Assise là avec mes nouveaux compagnons de voyage, un pacte invisible nous lie : celui de regarder la beauté du monde dans la même direction.
Les rires des chameliers s’élèvent dans la nuit noire. Ils sont à quelques mètres de moi autour du feu. Ils parlent une langue que je ne comprends guère, qui finit par me bercer jusqu’à trouver le sommeil. Je me réveille surprise au petit matin d’y être restée toute la nuit.
Ce soir, à Azoueïga, chacun choisit sa tente. Le couple d’un côté, la mère et son fils, et les deux compères partageant la grande, me laissant une place au cas où. Je suis la première à tenter la nuit à la belle étoile. J’en ai rêvé de ce ciel mauritanien. Emmitouflée dans mon sac de couchage, posée sur ces tapis géants nous servant de table, j’ai du mal à fermer l’œil. L’excitation, peut-être.
Les rires des chameliers s’élèvent dans la nuit noire. Ils sont à quelques mètres de moi autour du feu. Ils parlent une langue que je ne comprends guère, qui finit par me bercer jusqu’à trouver le sommeil. Je me réveille surprise au petit matin d’y être restée toute la nuit. Notre petit déjeuner s’accompagne de crêpes chaudes et de pain cuit la veille. On prend nos marques dans ce qui va rythmer nos journées au cœur de l’Adrar.
La mère est prête à partir. Lui n’a pas plié bagages. Il nous rattrape avec les dromadaires les pieds dans le sable. J’ai enroulé ma tête dans un chèche. Il apporte un peu de chaleur à la fraîcheur matinale, puis un coin d’ombre à ma tête lorsque le soleil tape.
J’avais oublié à quel point marcher dans le sable venait chercher chaque muscle. C’est un peu comme marcher dans la neige, mais sans les pieds mouillés. On repère quelques traces de chacals, serpents et scarabées dans le sable léger du matin. Puis on s’efforce de suivre de près Mohammed, notre guide, pour économiser chaque foulée.
Carnet de voyage de Lucie Raynal à découvrir dans le Bouts du monde 65
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