Carnet de voyage - France

La prochaine fois, nous partirons à pied

Tiphaine Corbet et son compagnon connaissent l’émerveillement du voyage au long cours qu’ils ont vécu sur les routes d’Asie. En ce début d’année 2020, l’envie est forte de recommencer. Mais on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.

 

– EXTRAIT –

Je crois que nous ne savons plus voyager. J’ai peur parfois que ce long et merveilleux voyage au bout du monde nous ait rendus inaptes. Ou pire, blasés. De retour dans une vie plus routinière, un décor plus familier, nous profitons de chacune de nos quelques semaines de congés annuels pour essayer de retrouver le sentiment de liberté, d’étrange et d’émerveillement qui nous a portés pendant ces longs mois sur les routes d’Asie.

Nous essayons trop, sans doute. Sans plus nous laisser le temps de rater, de chercher, de renoncer, de changer d’avis. Désormais, il faut optimiser chaque jour d’un voyage trop court. Et le moindre grain de sable n’est plus une aventure mais une source de frustration.

Après plusieurs vacances « ratées », nous décidons de reprendre la route. Vraiment cette fois.

Au moins quatre mois. Sur la Route de la soie, avec nos sacs à dos. Nous sortons les cartes, étudions le voyage de Marco Polo, rêvons à Ispahan et Samarcande, traçons un itinéraire, évaluons un budget, prenons des cours de russe, négocions des congés sans solde, mettons notre appartement en sous-location… et au sortir de l’hiver, excités comme jamais, nous prenons des billets de train pour Venise.

Et puis un virus s’abat sur Venise. Puis sur l’Iran. Et nous voyons les frontières se fermer les unes après les autres.

Nous repoussons notre « COVID tour » – comme disent mes collègues – de quelques semaines. Puis de quelques mois. Puis nous finissons par en faire le deuil. Difficilement. Mais en silence et un peu honteusement, parce que des deuils bien plus terribles se vivent partout autour.

 

Le garagiste nous félicite de notre prévoyance et nous conseille tout un tas d’autres « bricoles » pour partir sereins.

 

Quand il est à nouveau autorisé de dépasser le kilomètre autour de chez soi, nous décidons de partir prendre l’air. Martin aménage une vieille voiture pour en faire une cabane roulante : à notre tour de vivre la van life ! Nous n’avons pas vraiment d’itinéraire précis, nous savons juste que nous avons cinq semaines devant nous, que nous voulons aller jusqu’à l’océan et que nous commencerons par aller rendre visite à un cousin récemment installé en Auvergne. L’Auvergne, on ne connaît pas, et ça a l’air très beau. On s’imagine déjà, installés au pied d’un ancien volcan, contempler le jour qui se couche en mangeant un sandwich au bleu, avant de se coucher dans ce nouveau nid douillet et nomade.

Mais avant de partir, safety first, nous faisons changer les plaquettes de la voiture qui n’est pas toute jeune. Le garagiste nous félicite de notre prévoyance et nous conseille tout un tas d’autres « bricoles » pour partir sereins. Les bricoles coûtant le double de la voiture elle-même, nous ne faisons que l’essentiel. L’essentiel nous coûte tout de même 900 euros, mais nous partons l’esprit plus léger. À nous l’aventure !

 

Récit de voyage de Tiphaine Corbet à découvrir dans le Numéro 68

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