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N°68 Rocambolesque

Automne 2026
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Dans chaque numéro de Bouts du monde, une quinzaine de carnets de voyages et une thématique pour rire, rêver, s’émouvoir ou questionner le monde.

Description

Au bout de trois jours, ce constat implacable s’était imposé à nous. Nous avions échoué dans tout ce que nous avions entrepris depuis cet atterrissage au beau milieu de la nuit à Dushambé, au Tadjikistan.

À cause d’un enchaînement d’événements et de mauvaises décisions, nous avions donc échoué pour dormir quelque part, considérant que payer quarante dollars pour installer sa paillasse dans une cabane de tôles sur la dalle en béton recouvrant la fosse d’une station d’épuration ne se rangeait pas dans la colonne des succès. Nous avions parcouru la capitale de long en large, par 40 degrés, grimpant au sommet de blocs soviétiques pensant y trouver un hôte vaguement indiqué sur un guide. Au lieu d’un gîte, des habitants, éberlués de nous voir débarquer ainsi au douzième étage de leur logis, nous offraient une soupe brûlante sous un soleil de plomb. Nous avions presque échoué, aussi, à quitter la ville. L’affaire ne s’était pourtant pas mal engagée : à la gare routière, nous avions trouvé un véhicule avec un chauffeur dès 6 heures du matin. Mais le temps de changer de plaque d’immatriculation trois ou quatre fois, nous nous sommes mis en branle sept ou huit heures plus tard. Nous arrivâmes à Khorog, capitale du Gorno-Badakhchan, au beau milieu de la nuit après un trajet dantesque et trouvâmes le repos dans un lit en métal en forme de « U » majuscule, dans une gare routière qui, même en plein jour, semblait désaffectée.

Arriver à Khorog n’est donc pas simple. En partir non plus si l’on en croit l’histoire que nous raconte Yannis Tilliard, qui s’est mis en tête que l’avion présentait l’avantage de ne pas emprunter dans l’autre sens la route citée plus haut. Ce petit coucou de Tadjik Airlines est le genre d’avion qui impose aux voyageurs de convoquer toutes les superstitions avant le décollage.

Marie Bobin aurait pu devenir superstitieuse, elle qui a enchaîné les embûches aussi vite que les kilomètres défilaient lentement, au cours d’un voyage en van en Écosse avec sa famille. Et que dire de Samuel Chardon lui qui ne sait même plus combien de fois il a cassé la boîte de vitesses de son camping-car qui l’a mené malgré tout jusqu’en Himalaya. Amélie Vermersch non plus ne sait pas combien de fois elle a crevé au cours de cette traversée de la Mongolie à bicyclette.

Il n’y a pas que la mécanique qui rend les voyages rocambolesques. Policiers, militaires et douaniers jouent aussi bien souvent les premiers rôles. Lisez donc cette aventure surréaliste de Maëlle Delebecque au Mexique. Ou bien celle de Camille Tison-Chambellan au Japon où le vol d’une sacoche transforme un voyage au Japon en excursion dans un univers kafkaïen. En encore celle de Matthieu Haag qui a fait un selfie avec l’espion syrien qui lui filait le train.

Le numéro 68 de Bouts du monde fait ainsi la part belle aux voyages foutraques et aux galères de voyageurs que l’on se plaît à raconter une fois de retour à la maison. Aux origines de Bouts du monde, ce type de récits nous arrivaient par palanquée. Et puis le voyage a changé en même temps que le monde qui devenait plus grave. Il était temps de retrouver un peu de rocambolesque dans nos voyages.

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