Laurent Boiveau Sahara
Carnet de voyage - Algérie

L’ivresse du sable

Laurent Boiveau entretient avec les dunes du désert un rapport charnel. Sous ses pieds nus, il les sent, il les entend respirer. Et si, à chaque fois, il redescend du sommet, c’est seulement parce qu’un thé brûlant l’attend sûrement au campement.

– EXTRAIT –

J’y suis j’y reste. Sur cette dune qui semble sans fin, j’y suis j’y reste. Je sais très bien qu’il va falloir que je quitte ce dôme, ce sommet en perpétuel mouvement pour retrouver en bas mon campement. Mais pour l’instant, je fais comme si le temps était aussi fluide que cette dune, ma dune. Alors j’y suis j’y reste.

Comment pourrais-je rester ad vitam aeternam en communion avec ce sable ? Partir à l’étranger, c’est aussi s’inscrire dans un système de visa à durée limitée. Il va donc falloir penser à rentrer, mais en attendant… j’en profite. Il est extrêmement difficile d’expliquer ce ressenti de la dune parfaite. À vrai dire, ce n’est que rarement une dune, mais un ensemble qui forme une structure plus complexe dans laquelle il faut évoluer. Il n’existe que deux camps, ceux qui les aiment à la folie et ceux qui ne les supportent pas du tout, mais alors pas du tout. Il n’existe pas de cas intermédiaires, où l’on entendrait : « Oui, j’aime un peu ». Non, dans le Désert cela ne se rencontre pas, jamais. Pour ma part, j’en suis un amoureux compulsif. Démarrer du bas de la dune en trouvant le meilleur cheminement est un jeu dont je ne me lasse pas. Il ne faut pas croire que l’on prenne le premier sif et qu’on le remonte jusqu’en haut. En général, ce qui nous semble être le sommet n’est qu’une antécime, un passage obligé, mais pas le but final. Il faut donc profiter des replats qui nous sont offerts pour faire une halte. Une pause de plus pour une contemplation sans fin. Puis reprendre son cheminement vers le haut. Garder le sif principal, ou, emporté par un petit grain de folie, opter pour une approche moins expéditive ?

Carnet de voyage de Laurent Boiveau à découvrir dans Numéro 39

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