Description
Pour un terrien, lire le carnet de bord d’un voyageur qui traverse l’océan revient un peu à écouter la météo marine. Deux ris dans la grande voile, un ris dans l’artimon, huit nœuds au près : on n’y comprend rien et on trouve ça aussi étrange que la voix qui racontait l’état de la houle sur Cromarty, Forties, Dogger, Humber et Tamise, le matin à la radio.
C’est peut-être pour cela que certains jugent plus sage de s’aventurer sur l’eau douce. Nul besoin de connaissances en navigation, pensent-ils. Ces cours d’eau nous mèneront bien jusqu’à l’embouchure, à moins de vouloir ramer contre le courant. Mais il ne faut pas se fier à la paresse apparente des fleuves. Fabien Bastide a choisi le sens le plus simple pour naviguer, mais c’est à peu près tout. Pour le reste, son idée de descendre la Gambie à bord d’une pirogue nécessitait de slalomer entre les crocodiles et les hippopotames.
Ce qu’a accompli Renaud Lavergne revient à franchir le cap Horn avec une bouée canard. En 1986, à bord d’une embarcation pneumatique, il a descendu le Zaïre – désormais appelé Congo – entre le lac Tanganyika et l’Atlantique en passant par les effrayantes chutes d’Inga. À cet endroit, le fleuve perd une centaine de mètres sur quinze kilomètres. À cet endroit, un an plus tôt, un célèbre animateur de télévision de l’époque, Philippe de Dieuleveut, a disparu avec l’expédition Africa Raft. Depuis, les rumeurs les plus folles ont circulé sur les causes de sa mort : agent secret, bavure militaire, etc. En son for intérieur, Renaud Lavergne, qui n’oubliera jamais l’écume et le vacarme de ces diaboliques rapides, a la réponse. L’expédition a sombré parce que les embarcations sont passées à gauche de l’île aux Hippopotames, lui a survécu parce qu’il est passé à droite. Renaud et ses camarades sont les seuls, à ce jour, à avoir franchi les chutes d’Inga.
Le livre de Renaud Lavergne (Le Moundele du fleuve, Albin Michel, 1989) trône toujours sur la table de chevet d’Étienne Druon. Il lui a, sans aucun doute, donné le goût de l’aventure. On se demande bien de quoi ils ont parlé, tous les deux, quand ils se sont rencontrés au festival de carnets de voyage de Lourmarin (Vaucluse) l’été dernier… C’est un autre terrain d’exploration qu’Étienne et Émilie Druon explorent depuis des années, parcourant l’Amazonie, pour écouter la symphonie de la forêt, des fleuves et des peuples qui l’habitent.
En parlant de symphonie, celle que jouent Marieke Huismans Berthou et Anne-Lise Lepellec ne manque pas d’allure. Elles ont choisi d’embarquer un piano à bord de leur petit voilier à qui elles avaient confié une mission de la plus haute importance : faire le tour du monde.
Ont-elles croisé, en route, Gallinago, le voilier de Maxence Ansquer, qui fantasmait de toucher un jour les côtes de Groenland ? Pour ce faire, il fallait de sacrées connaissances en navigation, notamment quand le cabotage doit composer avec les humeurs de la banquise et des icebergs.
Margot Camus, elle, n’y connaissait pas grand-chose quand elle a esquissé le rêve, avec des camarades étudiants, d’entreprendre un tour de l’Atlantique. Mais le désir d’aventure et la nécessité d’une expédition scientifique valaient bien de se familiariser avec quelques expressions de marins.
William Mauxion
