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Bouts du monde n°1615 
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Carnet de voyage Kazakhstan

En 1998, le Kazakhstan a déplacé sa capitale d’Almaty à Astana. Une ville toute neuve où les urbanistes n’avaient pas prévu qu’il faudrait occuper les espaces en friche entre des constructions démesurées.

C’est au cœur de l’été, peu avant l’aube, que je suis arrivé à Astana. Ayant parcouru rapidement les quelques kilomètres qui séparent l’aéroport du centre-ville, le proriétaire de ma chambre me remet les clés et me souhaite à la fois « bienvenue » et « bonne nuit ».

Fatigué mais aussi excité et impatient d’être à demain pour entamer mes errances, je ne trouve pas le sommeil avant que le jour se lève et ne peux résister à la tentation de regarder par la fenêtre. Je me lève et écarte le rideau.

Je suis au 18e étage d’une tour et la vue sur Astana encore endormie est tout autant imprenable que surréaliste. Je découvre avec émerveillement l’extraordinaire cacophonie architecturale que je suis venu chercher, le tout baigné dans la lumière rosée du matin. Je crois que cela reste ma plus belle vision d’Astana, les autres matins n’étaient pas les mêmes. Je m’octroie donc quelques minutes de contemplation. Les longues heures passées sur le net en guise de préparation et de repérage virtuels me rendent la ville presque familière.

Architecture soviétique et occidentale, ultra modernité, formes rondes et carrées s’entrechoquent au milieu des friches et des terrains en construction. Vu d’ici, Astana ressemble aussi à un parc d’attraction inachevé mais prometteur ! Il est tôt et la température extérieure est encore clémente. Tout à l’heure, après quelques heures de sommeil, il fera plus de 40 degrés à l’ombre et je commencerai parcourir la ville en long, en large et en travers…

Immense chantier d’où émergent ambassades, résidences haut de gamme et vastes bâtiments accueillant tous les organismes d’Etat, Astana paraît inachevable et peine à entretenir ses espaces en manque de fréquentation. Si l’herbe apparaît et occupe nonchalamment les interstices, le discours officiel se doit de rester enthousiaste et séducteur. En vue d’un futur personnel plus riant proposé aux migrants, ces constructions proposent aux citoyens une mise en scène de l’État en tant que cadre de sociabilité viable. Un ensemble d’éléments ornementaux dans lequel la végétation peu présente mais théâtralisée, vivote tout en semblant avouer son manque d’ancrage.

Carnet de voyage de Fabrice Fouillet à découvrir dans Bouts du monde n°16

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