n°16

Promenons-nous en utopie

Hiver 2013
Bouts du monde n°1615 
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Description

Faisons un petit tour en Utopie. En général, il y a de la place dans les hôtels et peu d’embouteillages. Urbanistes, astrologues ou dictateurs sont passés par là et il est apparu évident pour tout le monde qu’il faudrait construire une autoroute de deux fois dix voies pour mener les fonctionnaires à Naypyidaw, la nouvelle capitale de la Birmanie. Tant pis s’il n’y a pas un chat qui circule dessus : les dictatures ont ceci en commun de ne pas lésiner sur les moyens … Naypyidaw a été inaugurée en 2005, un 6 novembre, à 6 h 37, pour plaire aux astres. La dernière fois que la junte avait écouté Madame Soleil, elle avait changé le sens de circulation du jour au lendemain, histoire de s’attirer les bonnes grâces du ciel. A part quelques accidents dus à des étourdis, cela n’avait officiellement pas porté malchance au pays.

Les routes sont larges également à Pyongyang, en Corée du Nord. Il fallait ça pour laisser passer le cortège funèbre de Kim Jong Il au premier rang duquel se trouvait, un peu malgré lui, Quentin Pirmil, employé d’une ONG occidentale. A lire son carnet de voyage, on hésite entre la consternation et la franche rigolade devant tant d’absurdités. Mais le rire se partage, et il n’y a personne, au pied de la tour du Juché, pour s’en amuser avec vous.

Faut-il rire aussi de Niazov, feu dictateur turkmène autoproclamé guide suprême du melon (sic), qui jugea opportun, pour résumer son œuvre, de détruire les bibliothèques, de construire un palais de glace au milieu du désert pour apprendre le ski à son peuple ou d’interdire le playback, les mini-jupes et les dents en or à la télévision ? Le voyageur n’aura qu’un visa de transit pour découvrir le roi Ubu au pays des steppes. Ce sera insuffisant pour apprendre le Ruhnama, unique livre scolaire du pays regroupant les logorrhées du dictateur que chaque Turkmène doit savoir réciter par cœur pour éviter d’être soumis à la question.

Les Kazaks sont-ils mieux lotis ? Ici, une capitale extravagante, qui a poussé à coups de pétrodollars au milieu des steppes, semble être vouée au culte du soleil. Astana sert de vitrine au dictateur Nazarbaïev. C’est délirant, mais c’est beau. Et on aimerait, comme Fabrice Fouillet, monter en haut d’une tour construite par Norman Foster pour voir à quoi ressemble la folie de là-haut. Tiens, il y a des gens qui vivent en Utopie…

William Mauxion

Les carnets du n°16
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