n°26

L'Asie centrale

Printemps 2016
Bouts du monde n°2615 
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Description

Se sentir au centre du monde. C’est arrivé un soir de septembre. Nous venions d’arriver à Samarcande et un habitant pas totalement désintéressé nous a proposé de grimper ni vu ni connu en haut d’un minaret du Régistan. Dans mon souvenir, la lune était grosse et sa lumière sublimait la silhouette sombre et majestueuse du monument. Le lendemain matin, il a fallu se rendre à l’évidence. Le décor n’avait plus rien à voir avec les photos de Paul Nadar, parti en Asie centrale en 1890 pour tester de nouveaux appareils photo pour le compte de Kodak. Celles-là mêmes qui font vagabonder l’imagination et incitent à tracer des itinéraires ou ouvrir des livres. Laurent Claudel a fait le même constat en buvant un chaï au pied de la mosquée Bibi Khanoum : les marchands des caravansérails de la route de la Soie vendent des boules à neige et les villes ressemblent à des parcs d’attractions.

Comment retrouver l’émerveillement originel alors qu’une quatre-voies passe au pied du mausolée Sha-i-Zinda à Samarcande ? En regardant les dessins de Philippe Bichon peut-être. Ou alors en suivant les traces de Kares Le Roy, parti pendant dix-huit mois sur les terres d’Asie centrale pour découvrir le mode de vie immuable des derniers nomades de la Perse, depuis l’Iran jusqu’au Wakhan, ou des aigliers du Kirghizstan. Les plus rêveurs d’entre nous peuvent glisser leurs pas dans ceux de Roland et Sabrina Michaud, qui ont photographié les dernières caravanes kirghiz du Pamir afghan.

Ces mondes-là ont disparu ou sont en passe de disparaître. Cela ajoute à la fascination de l’Asie centrale qui reste un grand terrain de jeu pour les vacanciers curieux et pas pressés. Sur le moment, Vincent Robin-Gazsity a eu du mal à garder le sourire, mais il faut avouer que nous avons bien ri de ses mésaventures administratives.

L’Asie centrale reste cette formidable terre d’aventures où le poids de l’Histoire a dessiné d’étranges frontières qui ont enclavé des vallées, séparé des peuples ou isolé des minorités. Les noms des villes, montagnes, fleuves et peuples – dont la sonorité évoque des légendes oubliées – se sont occupés de préserver le mythe d’une terre à part où tous les empires du monde, au cours des siècles, se sont rencontrés ou affrontés.

William Mauxion

Les carnets du n°26
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