Luanda
Carnet de voyage - Angola

Avec vue sur la place du 17-Septembre

Quand on me demande quel métier j’exerce, je réponds simplement : « Je suis marin ». Certains en restent là, d’autres sont plus avides de détails et explications. Je suis officier dans la marine marchande. Je conduis les cargos qui sillonnent les océans, transportant passagers, balles de ping-pong, moutons, soja, ou encore pétrole.

Quand le Covid-19 s’est déclaré au monde entier, j’étais en mer, dans le golfe de Guinée. Le trafic aérien s’est subitement réduit à peau de chagrin, empêchant toute relève de marin. Je suis donc restée à bord, continuant mes tâches quotidiennes, le quart, la veille, le regard pensivement tourné vers le ciel, désespérément vierge de traînées blanches. Et puis les vols de rapatriement se sont mis en place, ma relève a pu venir jusqu’à moi, prendre ma suite, et me laisser voler vers la France. Je suis rentrée le dernier jour du confinement.

Et il a fallu repartir. Rejoindre le navire qui se trouve en Angola. Les règles du MINSA, le ministère de la Santé, sont strictes : test PCR avant de partir de France, test antigénique en arrivant sur le territoire et avant de sortir de l’aéroport, quarantaine stricte de huit jours dans un hôtel accrédité avec prise de température biquotidienne, test PCR le huitième jour, pour enfin le sésame final : le visa et la restitution du passeport. Manque de chance, mon dernier test effectué est positif. Je dois attendre quatorze jours pour effectuer un nouveau test. Je vais donc rester quatre longues semaines enfermée dans ma chambre d’hôtel.

Je n’ai jamais foulé le sol angolais, mais je connais la place du 17 septembre à Luanda comme ma poche. La première chose que l’on remarque, c’est le bruit. Le bruit permanent. Pas un instant de silence en quatre semaines. Le bruit de la circulation en fond, le bruit des voix sur la place, le bruit des pigeons sur le toit du ministère du Commerce, le bruit des camions qui sortent du port. Juste en bas de ma fenêtre, la chaussée s’effrite. Les camions doivent ralentir, s’arrêter, faire avancer leurs roues une par une pour passer ce cratère, puis repartir. Le week-end c’est plus simple et plus silencieux : le parking qui borde la chaussée est vide, les chauffeurs peuvent passer à fond en contournant l’obstacle.

Carnet de voyage de Perrine Saulenc à découvrir dans Bouts du monde 52

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