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Bouts du monde n°3015 
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Carnet de voyage Vanuatu

Carnet de voyage. Les dessins sur le sable ou la musique de l’eau, traditions des peuples du Vanuatu, ont fait toucher du doigt les rêves d’enfant d’Alix Willemez : une vie d’ethnologue faite d’aventures, de découvertes et de dépaysement.

 

– EXTRAIT – 

Je m’étais rapprochée de la Papouasie et de mes rêves de jeunesse. Je me suis donc rendue chez un marchand d’art océanien pour lui demander comment se rendre dans ces tribus. Mais, d’entre ses cornes de cochons et ses tapas somptueux, l’homme a levé les yeux vers moi et mes cheveux blonds et longs. « Trop dangereux, a-t-il tranché. Il vous faudrait un accompagnateur local mais il risquerait de vous détrousser et de vous laisser seule au milieu de la jungle. » Devant mon air incrédule, il ajouta : « ç’a m’est déjà arrivé. Mais si c’est la civilisation du cochon qui vous intéresse, allez au Vanuatu ».

C’était la première fois que j’entendais parler de ce pays. Situé au milieu du Pacifique sud, le Vanuatu, avec ses jungles luxuriantes, ses volcans actifs et son océan impétueux, s’est façonné au rythme des caprices de la nature. Par chance, j’ai pu embarquer sur un navire de guerre pour une mission sur une île éloignée du Vanuatu. J’ai été accueillie à bras ouverts par des Mélanésiens souriants, au milieu d’une forêt sauvage. Quelle différence avec Nouméa ! Par la suite, je suis retournée deux fois dans cet archipel méconnu. Chaque voyage au cœur du Vanuatu est une véritable leçon d’humilité. A chaque séjour, les Ni-Vanuatu m’ont accueillie avec le sourire et m’ont fait partager cette vie si particulière qui est la leur. J’ai pu vivre et photographier des ambiances rares. (…)

Pour survivre dans ces îles isolées, les habitants se sont regroupés en tribus dans lesquelles leur vie culturelle et sociale est très organisée. La nature y est domptée : ainsi, une tige de bambou devient un pichet, un tronc d’arbre un instrument de musique, les feuilles de pandanus sont tressées pour devenir des jupes et les plumes de poules viennent colorer les cheveux des jeunes filles

Deux autres aspects importants de la vie culturelle ni-vanuataise sont les dessins sur le sable et la musique de l’eau. Les dessins sur le sable sont une tradition localisée principalement dans le centre et le nord du Vanuatu. Réalisés au bout du doigt sans lever la main, les dessins sont géométriques et souvent symétriques. Etant donné les nombreux dialectes et langues (le Vanuatu possède la plus forte densité linguistique au monde avec cent dix-sept langues vernaculaires parlées par seulement 275 000 habitants !), la pratique du dessin sur le sable s’est développée pour faciliter la communication entre les différentes tribus. Ces dessins permettent également de laisser des messages  (« Je suis passé te voir mais tu n’étais pas là » ; « Et si nous allions chasser demain matin ? ») Cette tradition a été inscrite en 2008 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco. J’étais enchantée d’avoir pu assister à la cérémonie du Namagi. L’organisatrice, une jeune femme ni-vanuatu, m’explique qu’après avoir fait ses études en Australie, elle avait décidé de revenir sur son île natale et de travailler pour que sa culture ne se perde pas. Elle a réussi à regrouper tout son village autour de projet. Un beau succès que l’on aimerait voir appliqué dans de nombreux autres lieux !

 

Carnet de voyage d’Alix Willemez, à découvrir dans Bouts du monde n°30

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