Famille Billard- Le Petit Prince - Bouts du monde
Carnet de voyage - Sénégal

Dessine-moi un voyage à vélo

Yannick Billard a retrouvé Le Petit Prince. Il était là, assis sur une dune du Sahara et il lui a fait un petit signe alors qu’il survolait le désert. Pour le voir, il suffisait de retourner sur place. Une aventure à vélo, en famille, dans la roue du héros de Saint Exupéry.

– EXTRAIT –

Monsieur de Saint-Exupéry, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Je ne veux pas vous laisser tellement triste plus longtemps, alors je vous le dis tout de suite : je crois que j’ai retrouvé Le Petit Prince. Laissez-moi vous raconter.

Tout a commencé, en regardant à travers le hublot d’un avion lors d’un vol retour entre Dakar et Lyon. Par une nuit claire au-dessus du Sahara, je remarquai un minuscule point lumineux au milieu des étendues de sable. Cette étincelle m’appelait et faisait naître en moi un trouble : et si c’était Le Petit Princequi était revenu comme l’espérait Saint-Ex ?

Le destin me faisait signe. Depuis que je suis tout petit, j’entretiens un lien très particulier avec Le Petit Prince. Ma mère me l’a lu maintes et maintes fois. Les dessins et les aquarelles m’ont d’abord fasciné. Puis les textes ont nourri nombre de mes réflexions. Aujourd’hui, c’est moi qui le lis à mes enfants. Tout comme le jeune héros, Simon a les cheveux blonds comme les blés ; Coline, elle, s’est liée d’amitié avec les renards ; quant à Amandine, elle a tout d’une jolie fleur fragile et capricieuse. Marie-Hélène, enfin, ma bien-aimée, est éleveuse de moutons ; et moi, j’aime aller à la rencontre des drôles d’habitants de notre bel astéroïde qu’on surnomme poétiquement la planète bleue. J’en déduis qu’il n’y a pas de hasard : cette lumière inconnue, si intense au milieu du désert, m’était adressée. Quelqu’un, là-bas, me lançait une invitation.

« Mais il va falloir traverser tout le Sahara ! » lança-t‑elle, stupéfaite.

J’eus soudain envie de descendre de l’avion, de parcourir ces terres si souvent survolées mais inconnues. Partir, non pour apercevoir – car « [l]’essentiel est invisible pour les yeux » – mais pour ressentir, vivre, expérimenter le vaste monde. Marie-Hélène et moi rêvions de reprendre nos bicyclettes pour un long périple avec nos trois enfants. Notre premier grand voyage à vélo nous avait conduits en couple sur les traces de Gandhi, en quête d’un sens à donner à cette maxime : « Vivre simplement pour que tous puissent simplement vivre. » Nous avions découvert avec quelle formidable espérance la grande majorité des femmes et des hommes de notre planète œuvrent quotidiennement pour rendre nos sociétés plus humaines. Cette fois, le projet serait de partir en famille à la rencontre du petit prince, pour ouvrir les yeux de nos trois bouts de chou sur d’autres mondes, partager avec eux cette soif d’humanisme, cet amour de l’Afrique. Un voyage initiatique pour les faire grandir dans l’intimité de notre cellule familiale.

De retour à la maison, j’en parlai immédiatement à Marie-Hélène : « Et si nous repartions en voyage à vélo ? » Elle ne fut pas plus surprise que ça. Nous aimons tous les deux tellement cette façon de voyager, qui nous permet de partager la vie ordinaire des contrées rurales que nous sillonnons au rythme de nos efforts.

« Et pour aller où ? me questionna-telle.

— À Bignona, évidemment ! Cela fait si longtemps que les enfants rêvent d’aller au Sénégal. Ce serait l’occasion pour eux de rendre visite à nos nombreux amis de Casamance.

— Mais il va falloir traverser tout le Sahara ! lança-telle, stupéfaite.

Carnet de voyage de Yannick Billard à découvrir dans Bouts du monde 49

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