Corentin Ferrero - Sentier des douaniers - Carnet de voyage
Carnet de voyage - France

Marcher en plein vent le long du sentier des douaniers

Pour Corentin Ferrero, ces quelques jours de marche entre Audierne et Douarnenez, le long du sentier des douaniers, ont pris la forme d’une aventure initiatique. Il n’est pas parti seul : son ami Pierre, l’hiver breton et une forme inattendue de solitude ont accompagné ses pas.

– EXTRAIT –

Les premiers pas sont rudes… Le poids des sacs alourdit nos montées, écrasant nos foulées. Les descentes nous emportent. Nous devons trouver notre rythme. Les villes côtières à l’horizon accompagnent notre marche. Le chemin de terre étroit épouse l’inclinaison de la pente à certains endroits. Après deux heures de marche, nous passons la pointe de Leydé et de la Jument. La température est idéale ! Pour ma part, j’adopte très vite le tee-shirt pour le reste du séjour, du moins en journée… Nous arrivons sans trop de difficultés au Porz Meilh. Une sorte de crique constituée de gros cailloux blancs, polis par les cycles de la marée. Il est déjà 17 heures, nous devons accélérer pour monter le camp avant les derniers rayons de soleil. La végétation verte contraste profondément avec la couleur bleue de l’océan. On peut sentir la fraîcheur des fougères, signe qu’il est temps de se couvrir !

Le cap est clair, nous pouvons voir le phare qui se rapproche et le soleil qui baisse avec. Vers 18 heures, un vent d’ouest se lève. Il accompagne merveilleusement bien le coucher de soleil. Les grandes herbes plient sous la force du « Konorg » comme ils disent en Bretagne. Le phare se pare d’une lueur dorée.

Nous décidons à la hâte d’un emplacement au pied du phare, sur la butte verte plongeante dans l’eau.

Le montage du campement est douloureux. La brise et l’humidité nous congèlent. Je sens de moins en moins mes doigts malgré ma double couche. Il fait déjà nuit noire. Nous sommes prêts à affronter le froid, du moins ce que nous pensons. Un legging plus un pantalon moletonné, trois épaisseurs sur nous. La couverture de survie posée sous le matelas gonflable fait office d’isolation face à l’humidité du sol.

Le lendemain matin, nous nous rendons à l’évidence : nos duvets ne sont pas conçus pour affronter l’hiver breton.

Les herbes constituent un douillet sommier. Il est 20 h 30 ! Le vent s’engouffre dans la tente, le froid transperce toutes nos couches. En nous emmitouflant totalement dans nos sacs, nous parvenons à dormir par tranches d’une demi-heure. Nous essayons tant bien que mal de créer une sorte de joint étanche en utilisant l’arrière de notre crâne pour bloquer tout passage d’air. Mais la fraîcheur des embruns nous réveille bien vite.

Le lendemain matin, nous nous rendons à l’évidence : nos duvets ne sont pas conçus pour affronter l’hiver breton. Au petit matin, le soleil réchauffe un petit peu notre tente, juste assez pour que nos yeux trouvent le repos. Le bruit de la brise glaçante de la nuit joue désormais un rôle apaisant.

Le récit de voyage « Marcher en plein vent le long du sentier des douaniers » de Corentin Ferrero à découvrir dans Bouts du monde 55

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