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Bouts du monde n°15 
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Carnet de voyage Guatemala

– LONG FORMAT –

Autour du lac Atitlan aux eaux couleur indigo, trois volcans aux flancs fertiles rendent ses rives propices à la culture du café et du maïs. Nous devons justement faire l’ascension d’un de ces volcans. Sauf que le hasard nous amène à passer devant l’Office de tourisme où est inscrit : «  Il est interdit d’aller sur les volcans, deux américains ont été tués hier par des bandits ».

Un froid glacial s’empare de tout notre être. Dans un français à peine écorné, une femme s’exclame «  Vous savez, c’est souvent comme ça au Guatémala ! » Un peu apeurés, nous lui demandons d’inscrire en espagnol sur notre carnet de route : « Est-ce que les chemins sont dangereux par ici ? » Et les Guatémaltèques de rire à chaque fois qu’on leur montre notre phrase. Finalement, nous avons arraché cette page….

On traverse le patelin de Solola pour stopper à Chichicastenango. Dès l’aube, sur la plaza, deux fois par semaine, tous les commerçants des environs viennent installer leurs étals à la lumière de la chandelle. A proximité de ce gigantesque marché animé et bruyant, l’ambiance est magique sur les marches de l’église Santo Thomas. Les fidèles mayas prient et brûlent du copa. A l’intérieur du sanctuaire, des monceaux de fleurs et de bouteilles d’aguardiente recouvrent les autels dédiés aux saints et aux ancêtres tandis que le prêtre officie au rythme des marimbas, flûtes et tambours.

Photo voyage - Alain Bordereau - Guatemala - Bouts du monde

De Huehuetenango, nous partons pour les sites enchanteurs des Cuchumatanes voisins. Nous prenons l’autocar à la sortie du marché. Les poules dodelinent de la tête dans les filets à bagages et semblent compter les passagers. Il nous faut enjamber les sacs de toile à patates, à céréales, les courges et les brassées de fleurs pour poser une fesse. La piste est très dure et très longue. Le car nous bringuebale sans cesse. Heureusement, je suis bien calé entre un sac de maïs et une dame à forte masse adipeuse.

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Nous voilà à Todo Santos peu connu des touristes. Le pueblo a été rasé en partie et les cultures brûlées au début des années 1980. Les indiens guatémaltèques ont été torturés et exécutés. Dans la campagne environnante, de nombreuses croix de bois témoignent des exactions commises par la dictature militaire. Aujourd’hui, la photographie semble une agression supplémentaire. Mais après un regard méfiant, la population nous offre sa gentillesse. Tout le monde arbore le même chapeau de paille. Les hommes continuent à porter leur pantalon rouge à rayures blanches. Ils sont nombreux à s’adonner à la beuverie en absorbant un alcool frelaté qui les assomme, jusqu’au coma parfois, avec l’espoir d’apaiser les souffrances d’une vie trop rude. On les a souvent vus tomber ici ou là, inertes, sur le pas de la porte ou au bord d’un chemin.

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Les mayas représentent plus de la moitié de la population du pays. Ils sont généralement pauvres, peu éduqués et maintenus à un niveau subalterne. Ils puisent leur force dans leurs liens familiaux, communautaires et dans leurs traditions.

Dans les familles, on aime bien avoir un fils. La force de travail des jeunes garçons constitue l’unique garantie de subsistance des familles nécessiteuses. Eux seuls pourront plus tard assister leurs parents devenus trop vieux ou trop faibles. Les petites indiennes restent souvent chez elles pour participer aux tâches domestiques, apprendre à broder, à tisser…

Les maîtresses d’école indiennes nous ont confié qu’elles avaient du mal à faire venir tous les enfants en classe. Ils travaillent dans les champs ou ont plusieurs heures de marche à faire pour arriver à l’école.

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Sur les marchés, les ribambelles d’enfants nous ébahissent. C’est une affaire de famille. Ils courent partout, dorment sereinement ou s’accrochent au téton de leur mère.

Il faut les voir lors de la messe du samedi soir à Chichicasténango ! Les grandes soeurs portent le petit frère sur le dos tandis que les enfants en bas âge se cramponnent aux jupes des mamans. Elles ont bien du mal à tenir leur progéniture dans la foule. Les petits garçons ne résistent pas au plaisir de récupérer les cierges pour en faire des torches. Les indiens se marient très jeunes, les filles à 13 ans, les gars vers 15 ans. Les mariés revêtent un beau costume. Ils ne le reporteront qu’au dernier jour de leur vie.

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Carnet de voyage d’Alain Bordereau à découvrir dans Bouts du monde n°3.