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Bouts du monde n°3715 
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Carnet de voyage Inde

En 2005, il a fallu à Thibault et ses amis, le bac tout juste en poche, une sacrée dose d’optimisme pour imaginer que cette vieille Dyane au châssis incertain pourrait les mener à Pondichéry après avoir traversé le Bosphore, vaincu l’administration russe et franchi l’Himalaya.

– EXTRAIT –

Les jours et les semaines s’écoulent en emportant leur flot d’activités et de retournements. Cela fait déjà trop longtemps, qu’en surface de la planète, mes déplacements sont arrivés à une sorte d’aboutissement. Depuis mon départ de France, ces lignes sont les premières véritables nouvelles que je transmets. Il a pu vous être regrettable de constater que le caractère épistolaire de mes activités n’a pas été prédominant. Avant de partir, j’étais pourtant persuadé que, chaque semaine, j’allais envoyer de nombreux courriels, lettres, cartes postales… Mais en situation, je fus incapable de raconter quoi que ce soit au sujet de cette « escapade terrestre ». J’avais parfois, dans une même journée, le sentiment qu’il y avait matière à écrire un pavé et celui que rien n’était intéressant, original ou attrayant. Pourtant il va de soi que je ne peux éternellement vagabonder sans ne rien raconter. (…)

Pas de vaccins, peu de médicaments, pas de moustiquaire, pas de matelas, pas de tente, pas de casserole, pas de fourchette… mais surtout, pas ou presque pas de visa.

Le départ a été retardé de presqu’un an, tant il est difficile d’avoir en même temps les mêmes aspirations. Mais ce n’est pas pour autant qu’il est mieux préparé et organisé. Notre moyen de transport est une 2CV (plus exactement Dyane 6) que Tiffen a reçue en cadeau quelques semaines auparavant. Nous savons que nous voulons partir – vers l’est de préférence – pour arriver dans un premier temps au sud de l’Inde. Le véhicule nécessite tout de même un entretien approfondi dont se charge Tiffen qui va parfois au-delà de la limite du renoncement. Petit à petit, je constate que mes préparatifs sont tels que l’inventaire de ce que je n’ai pas est beaucoup plus conséquent que celui dont je dispose ou – à en lire les recommandations du ministère des Affaires étrangères – je devrais disposer : pas de vaccins, peu de médicaments, pas de moustiquaire, pas de matelas, pas de tente, pas de casserole, pas de fourchette… mais surtout, pas ou presque pas de visa.

Nous poursuivons notre préparation en nous rassemblant autour d’un globe terrestre dont le socle s’est décollé et l’ampoule a grillé. Nous traçons un pseudo-itinéraire de substitution qui nous fait passer par la Turquie puis remonter en direction de la mer Caspienne. Après l’avoir traversée, nous arriverions au Kazakhstan qui, une fois franchi, nous amènerait en Chine afin de pouvoir être face à l’Himalaya et l’Inde ! Les yeux plus ou moins bandés, Baptiste, Tiffen et moi finissons par quitter Paris le 25 juin 2005, abandonnant Bastien et Stéphane à l’achèvement de leurs impératifs parisiens et espérant les voir nous rejoindre au plus vite.

Nous sommes alors très inquiets au sujet de notre véhicule. On s’imagine que le châssis peut plier dans quelques kilomètres, les cardans soudainement cesser d’entraîner les roues, les vis platinées empêcher l’allumage…

Je repense à cette journée de départ avec une certaine nostalgie alors que je me souviens n’y avoir, sur le coup, rien trouvé de particulier. Elle commence avec la visite du Garage Pierre, spécialiste des 2CV dont nous avions entendu parler sur France Inter. Nous sommes alors très inquiets au sujet de notre véhicule. On s’imagine que le châssis peut plier dans quelques kilomètres, les cardans soudainement cesser d’entraîner les roues, les vis platinées empêcher l’allumage… Mais sachant que nous avons décidé de partir sans contrôle technique définitif et que notre budget est déjà très limité, nous ne sommes pas de futurs clients pour Monsieur Pierre. Avant même de venir jeter un coup d’œil à notre engin, il a déjà lâché des « Barrez-vous, mais barrez-vous les mecs ». Il ne trouve rien à nous dire de plus : l’état de la caisse lui semble parfait pour ce genre de périple. Sa seule crainte n’est pas d’ordre mécanique, mais d’ordre administratif. Il nous faut un « visa automobile », autrement appelé « carnet de passage en douane » pour rentrer dans un grand nombre de pays. Il est accordé après encaissement d’une caution remboursable uniquement sur constat du retour du véhicule en France. Cette caution, permettant d’éviter le trafic d’engins automobiles, s’élève dans notre cas à 3 505 euros (2,2 fois mon budget total). Inutile de préciser que nous avons fait l’impasse sur ce sujet.

Nous quittons donc ce garage le cœur léger au sujet de notre véhicule et prenons un dernier bain de banlieue, périf, etc. Au bout de quatre-vingts kilomètres, Tiffen tire la plus courte allumette qui lui donne le droit d’aller chercher de l’essence en stop… Problème de jauge à carburant…

Carnet de voyage de Thibault Delavigne à découvrir dans Bouts du monde 37

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