Carnet de voyage - Mexique

Un imprévu de taille au Mexique

Maëlle Delebecque a passé la frontière entre les États-Unis et le Mexique en deux temps trois mouvements. C’est après que les choses se sont compliquées. La faute à un tampon manquant sur le passeport. Pas de cadeau pour la gringa !

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– EXTRAIT –

Trente minutes à peine. C’est tout ce qu’il nous aura fallu pour quitter les États-Unis et passer de l’autre côté de la frontière. Un nouveau pays, une nouvelle langue, une nouvelle ambiance. Trois mois au Mexique à vadrouiller là où le vent me mène. Trois mois à monter dans des bus sans vraiment savoir à quoi m’attendre, à faire du stop, à partager des repas avec des inconnus et à finir parfois quelque part où je n’avais absolument pas prévu d’aller.

Il était prévu que je passe la fin de mon voyage au Mexique avec ma sœur. Elle doit d’atterrir à Cancún. Pour être sûre d’être là à son arrivée, je prends un bus depuis la ville de Palenque. Dans le bus, je ne suis pas très loin des frontières avec le Guatemala et le Belize. Je ne le sais pas encore, mais les contrôles sont fréquents en raison des nombreux passages clandestins entre ces trois pays. La nuit est déjà bien entamée. Cela fait plusieurs heures que je roule en direction de Cancún. Il est à peu près deux heures lorsque le bus s’arrête pour la deuxième fois. La première, c’était pour un contrôle aléatoire de l’immigration, et donc des passeports. Bingo, le mien a été contrôlé. Coup de théâtre : je n’ai pas de tampon et donc pas de visa pour être sur le territoire. Au Mexique, tout se négocie, je le sais bien. Je tire à mon avantage les trois mois que j’ai passés ici et réussis à négocier ma liberté – qui ne sera que temporaire.

Ainsi voilà le deuxième contrôle de l’immigration. Une femme, pas plus grande que mes épaules, un physique un peu rond, les cheveux tirés en arrière de manière stricte, arrive vers moi. Elle porte un gilet pare-balles, et une tenue tout en noir, le tout avec des grosses bottes lacées jusqu’au mollet. Je me rappelle très clairement mon passeport entre ses mains. Malgré sa taille, elle me regarde de haut depuis mon siège. J’avais les mains moites. J’entendais mon cœur jusque dans mes oreilles. J’avais oublié comment respirer normalement. À côté de moi, un ami qui se rendait lui aussi à Cancún ne semblait pas beaucoup plus rassuré. Son espagnol était bien meilleur que le mien, alors je comptais un peu sur lui pour comprendre ce qui était en train de se passer. Mais à voir son visage, lui non plus n’avait pas vraiment de réponse. Il me regardait avec cet air légèrement paniqué de quelqu’un qui se demande s’il a raté une information importante.

En seulement quelques minutes, la situation a basculé. Je suis coincée à l’arrière d’une fourgonnette. Mon sac est à côté de moi, mais mon téléphone a été réquisitionné par la policière

À l’image de sa coiffure tirée à quatre épingles, son ton sévère me demande de rassembler mes affaires. Dehors, devant le bus, je tente de négocier et d’expliquer la situation. Deux ou trois autres policiers se joignent à la conversation. Aucun d’eux n’a l’air de vouloir discuter. Leurs chiens sont d’un calme effrayant. Pas un aboiement, pas un mouvement. Juste leurs yeux qui semblent suivre chacun des déplacements.

Leurs armes, elles, sont suffisamment grosses pour me rappeler que je n’ai absolument aucune envie de tester leur patience.

Je mens, comme au premier contrôle, et je raconte que je me rends à Cancún pour aller à l’Ambassade française, que je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas de tampon, car j’ai bel et bien montré mon passeport à Tijuana. Sa coiffure n’était pas la seule chose stricte chez elle. Son ton et tout dans sa gestuelle pouvaient m’indiquer que, cette fois, je n’allais pas m’en sortir aussi facilement que la fois précédente.

En seulement quelques minutes, la situation a basculé. Je suis coincée à l’arrière d’une fourgonnette. Mon sac est à côté de moi, mais mon téléphone a été réquisitionné par la policière. J’attends plusieurs heures que l’on me conduise au poste. Je ne sais pas quelle heure il est, je pose la question plusieurs fois avec mon pauvre espagnol. Personne ne me répond.

Ils n’ont pas le droit de me parler, ni de me donner aucune information, sauf l’endroit où ils me conduisent : Chetumal. Dernière ville avant le Guatemala.

 

Carnet de voyage de Maëlle Delebecque à découvrir dans le Numéro 68