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Bouts du monde n°415 
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Carnet de voyage Iran

Fin du mois de mai 2009. William Mauxion lit Persepolis, et écoute d’une oreille distraite la même rengaine des chaînes d’information en continu sur l’Iran, préférant se nourrir des récits de voyageurs toujours fascinés par l’ancienne Perse. A Ispahan, au lendemain de l’élection présidentielle, il découvre, incrédule, inquiet et enthousiaste, la révolte des Iraniens.

– EXTRAIT –

L’élection est dans deux jours. 600 000 personnes participent au meeting de Khatami, l’ancien président réformateur qui soutient le candidat Moussavi.

Je déambule entre les groupes de femmes qui se sont assises sur les pelouses de la place de l’Imam à Ispahan.

La première fois que j’aperçois Mitra, c’est à travers l’objectif de mon appareil photo. Elle est entrée dans le cadre par la gauche, tenant sa fille dans ses bras, et composant parfaitement ll’image. Elle me voit la photographier, sourit, et m’envoie un baiser.

Quelques minutes plus tard, elle me rejoint d’un air décidé, et me propose de la suivre. Je suis un peu surpris par la tournure que prennent les événements.

Elle parle à peine anglais mais tient absolument à ce qu’on s’échange nos mails pour que l’on chatte sur internet. Je lui tends mon carnet où elle griffonne le sien de manière assez approximative.

Pour être sûre, elle note aussi son numéro de téléphone sur la première page de mon Lonely Planet. En France, j’aurais franchement l’impression que cette femme-là a une idée derrière la tête. En Iran, pendant une manifestation, c’est préférable d’évacuer bien vite ce genre d’idée, d’autant plus qu’il flotte dans l’air quelques regards réprobateurs.

La manifestation s’ébranle. Un cortège de plusieurs dizaines de milliers de personnes se dirige vers le nord. Accompagné par ma nouvelle correspondante, je leur emboîte le pas. Au bout de cinq cents mètres, nous croisons une manifestation de partisans d’Ahmadinejad.

Nous voilà bloqués, prisonniers de longues minutes au milieu des manifestants des deux camps. D’un air plutôt autoritaire, Mitra me désigne un marchand de glaces et m’invite à m’asseoir dans l’embrasure de la porte. « Sit down ! ». Elle s’assoit à mes côtés et nous regardons l’étrange ballet qui se joue sous nos yeux.

Retrouvez la suite du carnet de voyage de William Mauxion en Iran dans Bouts du monde n°4.

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