jean louis drye - auteur - bouts du monde

Jean-Louis Drye

Auteur publié dans Numéro 29

Après plusieurs voyages en cargo sur différentes lignes, mon dernier parcours m’a donné l’envie de raconter la vie à bord. Ce texte tente d’exprimer ainsi les impressions, souvent très fortes, ressenties à bord, et de rendre un hommage reconnaissant aux hommes de mer, ouvriers de l’ombre du commerce maritime mondial. Sans eux notre vie serait réduite à peu de chose, qu’ils travaillent sur un pétrolier, un vracquier ou un porte-container: tout ce qui est à leur bord nous est devenu indispensable. Et puis il y a la mer, tout autour, tous les jours, avec ses ombres et ses lumières, ses humeurs, et qui roule sous nos pieds parfois hésitants. Pour voyager en cargo il faut l’aimer avec passion pour lui pardonner son infinie lenteur et ainsi l’admirer sans cesse. Et puis il y a les ports, la nuit ou bien le matin très tôt, terres sur lesquelles nous ne mettrons pas le pied car nous ne faisons que passer, mystère de l’escale incomplète.
J’ai toujours dessiné et peint. Et cela dure depuis une bonne soixantaine d’années. Je devais avoir des facilités, à défaut d’un goût établi, et d’un peu de technique. Mes jobs, qui n’avaient rien à voir avec la peinture m’ont amené par contre à voir des lieux et des gens différents de mon cadre.
Les retours en France me faisaient fortement ressentir d’autres impressions. Les lumières de Belle Ile, le poids de la chaleur du midi, toutes ces sources m’ont imprimé leurs forces.
Sensible aux variations, aux différences, il fallait que je reparte pour voir d’autres choses, regarder et sentir: C’est comme cela que j’ai recommencé à partir vers d’autres infinis, la mer, le Sahara. Puis c’est en rentrant à la maison, avec dans mes sacs des photos, des croquis, des textes que j’essaie d’expirer le souffle enmagasiné sur place. En suivant le lit du temps qui passe, le visage des hommes et des femmes rencontrés font percevoir un bout de la vérité, celle de la vanité des choses et des existences. Nos efforts sont vains car il n’en restera au mieux qu’une trace, celle de l’avion dans le ciel ou de la ferraille rouillée de la machine devenue inutile. La toile peinte comme la photo ne durera pas plus longtemps.