n°29

Ô mon bateau

Hiver 2017
Bouts du monde n°2915 
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Description

Bouts du monde n’a pas vraiment le pied marin mais on a choisi de braver le gros temps de l’hiver et de monter à bord. Notre truc à nous, ce sont plutôt les gabares et les toues cabanées, sur lesquelles on irait bien s’aventurer quand la Loire a décidé, l’été venu, d’être paresseuse. Par chez nous, il y a aussi un petit bac, qui permet de rejoindre l’île Saint-Aubin quand l’eau s’est retirée des basses vallées angevines. Il n’est pas bien long et il faut que les passagers tirent sur le gros câble en acier pour rejoindre la guinguette sur l’autre rive de la Mayenne, distante d’une trentaine de mètres… Au printemps, c’est lui qui permet aux troupeaux de rejoindre les prairies, au cours d’une insolite transhumance. Mine de rien, ce petit bac est devenu une curiosité et la presse locale aime parfois dresser le portrait de son capitaine. Parce qu’un bateau, si petit soit-il, fascine le plus terrien d’entre tous.

Il a transporté les rêves d’outre-mer de Jean-Louis Drye, charmé par la poésie métallique des géants des mers. Il a escorté Benjamin Bouilliez, qui a tracé la route de son voilier entre les îles du Pacifique, dans sa quête de poudre d’escampette. Il a inspiré Claire & Reno Marca, après qu’ils ont croisé une première fois le sillage d’un dhow au large de Socotra. Ou bien Christian Frémin qui a photographié le port de Mandvi, dans le Gujarat, où naissent les boutres qui navigueront dans la mer d’Arabie.

Depuis qu’elle a vu la première fois les trois-mâts du Kruzenshstern, magnifique cap-hornier de la marine russe, Vivi Navarro en a dessiné tout l’accastillage, tous les gréements, tous les marins… Et elle ne rate jamais plus une occasion de monter à bord.

Julie Clavier, elle, n’avait jamais entendu parler du Liemba avant d’y poser son baluchon de voyageuse. Sur les bords du lac Tanganyka où le bateau était arrivé en pièces détachées, elle a trouvé le plus vieux rafiot du monde, qui navigue depuis plus d’un siècle, faisant la fierté des Tanzaniens.

Il n’y a pas besoin de grimper à bord pour s’enthousiasmer. Ce qui plait à Yann Lesacher, c’est l’ambiance des ports bretons, la promesse des départs, l’impatience des retours, et les histoires de marins qui se racontent au comptoir des bars. Quant à Daniel Casteill, ce sont les cimetières de bateaux qui font naviguer son imagination. Il paraît qu’il suffit de s’approcher des membrures, à moitié enfouies par le sable, pour entendre le murmure d’aventures forcément héroïques.

William Mauxion

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