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Bouts du monde n°2315 
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Carnet de voyage Bolivie

Le vent glacial fouette le visage de François Remodeau pendant qu’il lève la tête en direction du sommet des géants qui culminent à plus de 6000 mètres. Un sac trop lourd, une marche hésitante, une pente trop raide. Les volcans Parinacota et Sajama ne souffrent aucune faiblesse.

Pour rejoindre les volcans Parinacota et Pomerape, il faut traverser la pampa, les ruisseaux, les collines, l’espace lunaire qui s’étend au pied des volcans ; puis installer la tente au milieu d’un monde immense, où l’on se sent bien petits auprès des géants qui se dressent au-dessus de l’Altiplano.

Face aux jumeaux se dresse le grand cousin, Sajama, LE volcan qui domine l’Altiplano, sommet de la Bolivie, qui du haut de ses 6500 mètres règle la vie du village, du parc national, et de toute la région. Parinacota et Pomerape, soudés à leurs bases, semblent unir leurs forces afin d’obtenir le droit de pouvoir dialoguer avec lui. Sur le sol meuble constitué de scories, un vague sentier s’évanouit entre les éboulis, en direction du sommet; demain il faudra le suivre, puis se fier au terrain. Ce matin nous montons, poussant sur les bâtons de marche, écoutant notre respiration et le crissement des « grosses » dans le sol qui se dérobe parfois. La pente se durcit peu à peu, parsemée de gros rochers posés ça et là, et de pierres de lave qui roulent sous les pieds. Il faut maintenant poser les mains sur la roche, tirer, pousser un long moment… sans doute aurait-il fallu contourner cette masse rocheuse où je me fatigue ? derrière moi, certains renoncent, je sens leur déception, nous aurions tant aimé nous retrouver tous, là-haut !

La partie glaciaire débute d’un coup, sans transition, un pas dans la roche, l’autre dans la glace, avec l’étrange sentiment de changer de monde, une sensation qui bouleverse l’esprit. Je chausse les crampons en espoirs de facilités; erreur ! Une neige croûtée, irrégulière, incrustée de glaçons et de trous déséquilibre mon corps instable qui s’enfonce jusqu’aux chevilles ; chaque pas doit être réfléchi, car le vent et le soleil ont sculpté le sol d’une façon qui m’est inconnue. Si je pose le pied sur une partie haute, la glace casse, le pas est à refaire, la respiration aussi, les secondes et les minutes s’enfuient… Je tente de repérer des trous de bonne taille, d’y poser les pieds, mais les crampons se coincent dans les creux dont il faut s’arracher ; les efforts se répètent, le souffle s’accélère…

Carnet de François Remodeau à découvrir dans la revue Bouts du monde n° 23.

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