carnettiste : Julie Olagnol - Nagaland - bouts du monde
Carnet de voyage - Inde

Chez les coupeurs de tête du Nagaland

Il est préférable de bien s’apprêter et d’observer la coutume pour qui veut rendre visite au roi de Longwa, dans l’Etat indien du Nagaland. Et pour cause, ses ancêtres étaient des coupeurs de têtes. Il subsiste quelques doutes sur la fin de cette tradition ancestrale, que la mondialisation pourrait diluer un jour dans un douteux folklore.

Lorsqu’on est invité chez quelqu’un qui pèse, il faut savoir faire bonne impression. C’est donc tout naturellement que j’achète, pour le souverain de Longwa, une bouteille de whisky. Sa maison se situe à la frontière indo-birmane, sur les crêtes du Nagaland. Ce n’est pas une mince affaire pour s’y rendre, mais la route depuis Mon est splendide. (…)

Sur la route, je me régale des scènes de la vie quotidienne. Dans un petit village à mi-chemin, j’observe sous la pluie battante de jeunes vendeuses aux ongles peints de rouge, minauder pour obtenir les faveurs d’un play-boy local. Le garçon, aux tempes garnies de tresses, les fait glousser et leur tape sur le popotin en signe amical. Il est toujours de bon ton de prendre la température des us et coutumes de l’endroit où l’on se rend.

Une chose est certaine : les Nagas n’ont rien à voir physiquement et culturellement avec leurs voisins hindous de l’Assam. Dès le poste frontière entre l’Assam et le Nagaland, les faciès ont changé. La peau des Nagas est plus brune et ils ont des racines mongoloïdes. Ils portent des machettes et tirent dans les arbres au fusil sur on ne sait trop quoi…

Loin d’être intimidée par les habitudes incongrues de mes hôtes dont je n’ai qu’ouï-dire, je suis pressée de découvrir comment ils vivent aujourd’hui et quel accueil ils me réserveront.

S’il est possible de rencontrer le roi, je ne peux pas dormir chez lui. Ça ferait mauvais genre, vous comprenez. D’ailleurs je ne sais pas du tout à quoi il ressemble. Peut-être est-il bel homme ? Lorsque j’arrive à Longwa, à seulement 42 kilomètres mais trois heures de route de Mon, je m’installe donc chez une charmante famille à l’entrée du village.

Le vieux couple a eu sept filles. Toutes plus jolies les unes que les autres, elles sont à présent mariées. Elles portent des survêtements à l’occidentale et s’occupent du foyer avec leur mère. Certaines vivent à Mon. La reproduction est très importante pour les Nagas. À tel point que les deux fils célibataires de la famille dorment dans le morung, un bâtiment collectif censé doper l’énergie sexuelle, jusqu’à leurs noces. C’est là que l’on trouve l’imposant tambour sacré sur lequel une douzaine de personnes peut jouer.

© Carnet de voyage de Julie Olagnol à lire dans Numéro 23

 

à découvrir aussi

Carnet de voyage de Jacques Petit - Avoir 20 ans, une valise et une 2CV

Avoir 20 ans, une valise et une 2CV

par Jacques Petit

Quand ce jeune Normand a embarqué à bord de sa 2CV au début de l’été 1969, les Beatles chantaient « get back », les hippies écrivaient « Delhi » ou « Katmandou » en grosses lettres au cul des combis Volkswagen, et l’homme s’apprêtaient à marcher sur la lune. En Turquie, la solitude de Jacques Petit…

Accro au chaos de l’Inde

par Philippe Cap

Plus d’un milliard d’habitants, un million de Dieux, des milliers d’Ambassadors, des centaines d’éthnies… Le tableau a donné le tournis à Philippe Cap. Ce spectacle fantasmé a été photographié à l’envi, mais peu importe pour ce voyageur accro au chaos de l’Inde et à l’innocence éphémère des scènes de vie. Sur les bancs en bois de la troisième classe d’un…