Vincent Desplanche
Carnet de voyage - France

Dessiner sous les cimes

S’il avait été contemporain de Franz Schrader, Vincent Desplanche l’aurait certainement accompagné sur les pentes des Pyrénées où le géographe entreprit, au XIXesiècle, de cartographier Gavarnie, le mont Perdu ou l’Aneto. Aujourd’hui, il ne glisse pas d’orographe dans son sac à dos, mais des carnets à dessin qui grandissent au fur et à mesure qu’il prend de l’altitude.

– EXTRAIT –

Je suis illustrateur graveur et carnettiste. Je remplis des carnets de croquis partout où je vais, et il m’est impensable de visiter pour la première fois un lieu sans le dessiner. À quoi répond ce besoin de croquer sur le vif ? Pour raconter ce que je vois et ce que je vis, ce que je découvre et ce que je ressens ? Oui, mais cette raison n’est pas suffisante. D’ailleurs, j’évite les représentations anecdotiques qui insistent trop sur l’instant, en mettant des bulles façon BD par exemple, et leur préfère une contextualisation plus discrète.

Je ne cherche pas à obtenir de beaux dessins non plus. Le résultat comme le sujet importent peu, ce que je privilégie est le temps du dessin. Croquer sur le vif est une activité qui demande du temps et de la concentration. Il faut être ici et maintenant. La principale action du dessinateur est l’observation. Regarder en long, en large, en profondeur et en détail. Pendant le temps d’exécution du dessin, je regarde tellement que je fais corps avec l’espace du lieu, avec la lumière.

Ici peu de glaciers et de pointes de granit acérées, pourtant, la conquête des principaux sommets ne s’est pas accomplie si facilement

J’ai découvert une destination où faire corps avec son sujet et avec l’espace prend une tout autre dimension : il s’agit des montagnes. Depuis une quinzaine d’années, j’arpente en toutes saisons les montagnes avec mes carnets de croquis et mes craies aquarellables et ne peux m’en passer. Comme je suis installé dans la région toulousaine, où les Pyrénées trônent majestueusement au fond de la plaine, il me fut difficile de ne pas être attiré. La chaîne pyrénéenne n’est certes pas aussi élevée que les Alpes mais, située en grande partie sur la ligne de partage des eaux entre les bassins versants atlantique et méditerranéen, elle se révèle très riche en espaces naturels, abrite une faune sauvage encore très diversifiée et n’est pas trop défigurée par les installations humaines.

Ici peu de glaciers et de pointes de granit acérées, pourtant, la conquête des principaux sommets ne s’est pas accomplie si facilement. Les expéditions se sont étalées tout au long du XIXesiècle pour venir à bout du Vignemale, du mont Perdu ou de l’Aneto, et ont fait naître le mouvement sportif, littéraire et artistique du pyrénéisme. Les expéditions pyrénéennes ont, depuis Ramond de Carbonnières à la toute fin du XVIIIe siècle, très souvent revêtu un aspect savant : géologie, hydrologie, zoologie et botanique, cartographie… et souvent attiré les artistes. Un personnage a fait à lui seul la synthèse entre le scientifique, l’alpiniste et le peintre : il s’agit de Franz Schrader.

Carnet de voyage de Vincent Desplanche à découvrir dans Bouts du monde 50

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