Encore crevés
L’idée était belle : rejoindre à vélo, depuis Oulan-Bator, un festival d’aigliers à Altaï Sum, tout à l’Ouest de la Mongolie. Amélie Vermersch et son compagnon sont arrivés à destination. Mais même à travers les steppes, la route n’est pas toute droite.
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– EXTRAIT –
Je ne sais pas si le destin essaie de nous faire passer un message mais j’ai bien cru que jamais nous ne réussirions à monter dans cet avion. Les joues écarlates, les cheveux collés aux tempes et à la nuque par la transpiration, je reprends doucement mon souffle ainsi que mes esprits en attachant ma ceinture de sécurité. Ça y est, nous sommes en vol pour la Mongolie ! Nos gros sacs à dos, bonbonnes de gaz et couteaux Opinel compris, ont le privilège de voyager en cabine et non en soute. Merci à la compagnie d’avoir accepté de nous accueillir à bord in extremis. Sans cette incroyable entorse au règlement, notre course effrénée dans cet aéroport gigantesque se serait soldée par un échec. Est-ce le fait de courir avec vingt-cinq kilos sur le dos qui nous a ralentis ? Ou est-ce aux trois correspondances imprévues dans le dédale du métro stambouliote que nous devons imputer notre retard ? Quoi qu’il en soit, la prochaine fois, nous ferons en sorte de ne pas arriver au guichet d’enregistrement trois minutes après sa fermeture. Avachis sur nos sièges, en regardant Istanbul disparaître derrière un nuage, nos débats cessent d’eux-mêmes lorsque nous sombrons dans un sommeil profond.
Les vélos sont très lourds, trop lourds, même sans leur chargement et n’ont que neuf vitesses. Mais ce sont les seuls disponibles. Sans aucune expérience du voyage à vélo, nous sommes optimistes, peut-être naïfs mais optimistes.
Huit heures plus tard, nous voici à Oulan-Bator, où nous allons enfin commencer notre aventure cycliste jusque dans l’extrême Ouest du pays, en Altaï. L’atmosphère dans la capitale mongole est particulièrement agréable en ce milieu d’été et nous apprécions la fraîcheur des glaces servies par les nombreux petits stands éphémères. Nous sommes loin du souvenir glacial, pollué et boueux de notre dernier séjour ici en mars 2018. Déjà à l’époque, notre arrivée dans le pays avait été rocambolesque puisqu’elle avait résulté d’une erreur de compréhension avec la guichetière sibérienne de la gare d’Irkutsk où nous avions acheté nos billets. Alors que nous souhaitions passer directement de la Russie à la Chine via la région de Mandchourie, nous nous étions retrouvés voyageurs clandestins dans le mauvais train en franchissant illégalement la frontière russo-mongole, sans visa, sous le regard effaré des autres passagers qui nous voyaient déjà en garde à vue au poste de douane. Heureusement pour nous, les officiers avaient été plus ouverts d’esprit et nous avaient octroyé un visa de transit avec le sourire. Décidément, nos arrivées en Mongolie sont toujours source de quelque stress.
Nous rencontrons en ce premier après-midi le vendeur de vélos repéré sur internet lors de la préparation du voyage et choisissons nos montures, achetons les sacoches, acquérons quelques outils et pédalons nos premiers kilomètres à travers la ville jusqu’à notre hôtel. Les vélos sont très lourds, trop lourds, même sans leur chargement et n’ont que neuf vitesses. Mais ce sont les seuls disponibles. Sans aucune expérience du voyage à vélo, nous sommes optimistes, peut-être naïfs mais optimistes. Nous avalons une généreuse assiette de buzz, ces raviolis au mouton emblématiques de la gastronomie mongole, et allons nous coucher en rêvant à nos futures aventures dans la steppe.
Carnet de voyage d’Amélie Vermersch à découvrir dans le Numéro 68
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