Carnet de voyage - Botswana

Il ne manquerait plus que de brûler le Botswana ?

Franchement, qu’est-ce qui aurait pu mal se passer ? En 2006, au cœur de l’Afrique australe, Laurent Van Parys accompagne un ami venu saisir des clichés animaliers. Le véhicule n’est pas une assurance tout risque, les cartes inexistantes, et les routes incertaines. Il ne faut pas s’étonner qu’il n’existe presqu’aucune photo de cette aventure rocambolesque.

 

Envie de partir sur leurs traces ? Retrouvez ce récit dans Bouts du monde et, pour ne manquer aucun de nos carnets de voyage, abonnez-vous à la revue.

A l’aéroport de Johannesburg, mon ami Bruno Ferret – en gentleman – ne pipe mot face à mon désuet et bringuebalant 4×4. Mais après quelques minutes de route :

« Il n’est pas de la dernière génération ton tacot !

– Plus c’est rustique, mieux cela vaut ! »

Pourtant, j’étais prévenu : mes amis afrikaners, qui ont une relation quasi mystique avec leur bakki (ou 4×4) pensent que sans un bon véhicule, on n’est pas grand-chose dans cette région d’Afrique. Nous allions comprendre pourquoi… Heureux, nous devisons en roulant vers le nord-ouest du Botswana et sa grande réserve de Makgadikgadi.

Bruno, directeur d’agences de voyages, a besoin de photos animalières pour ses diverses brochures. Il sait bien que je n’aime ni conduire, ni de façon générale les voitures et encore moins la mécanique et que j’ai toujours préféré la marche, mais bon, ici la région est vaste. Pour l’heure défilent des paysages assez mornes. Notre but est de contourner la grande réserve animalière de Makgadikgadi par le sud-ouest. Cette portion du bassin du Kalahari est coupée par une route lisse ponctuée de quelques mopanes et autres épineux. Bruno lit un passage d’un guide de voyage : « Les pans (ou déserts de sel) de Makgadikgadi offrent au visiteur qui s’y risque des sentiments d’isolement et de fascination, lui faisant comprendre soudainement qu’il se trouve à des années-lumière de la vie moderne… »

« Tentant non ?

– Bof… »

J’ai entendu pas mal d’histoires sur ces régions difficiles d’accès, la perspective ne m’enchante guère. Sur un coup de tête, dans la localité de Mopini, j’accepte la proposition de Bruno. Nous bifurquons sur notre droite, pour nous enfoncer dans le désert afin de récupérer la route du parc national plus au nord.

Sur notre droite, un tas de ferraille informe : à la jumelle, « émerge » une carcasse de voiture, prisonnière de la boue.

Notre carte est très imprécise, mais j’ai une boussole, cela devrait aller. Le désert nous apparaît dans sa vastitude : du sable, des arbres étiques et des pistes sèches qui partent dans tous les sens. L’horizon est vide, à peine parsemé de petits buissons et arbustes, parfois de hautes herbes. Une blancheur éblouissante, des tourbillons de poussière et des brouillards de chaleur se déploient à l’infini. Presque une épure. La piste se ramifie en traces toujours plus minces. Aucun indice ne permet de choisir la moins mauvaise. Certaines pistes indiquent de francs demi-tours. Des gens bien avisés… Le sol est nu et aride en raison de son alcalinité. Parfois, une sorte de palmier soulage le paysage. Nous zigzaguons, impossible de tenir le cap, nous dévions sans arrêt vers l’ouest. Des bancs d’argile salée et craquelée laissent apparaître une boue à fort effet de succion. Sur notre droite, un tas de ferraille informe : à la jumelle, « émerge » une carcasse de voiture, prisonnière de la boue. « Sans doute à la saison des pluies », dis-je haut afin de nous rassurer, quelle imprudence ! Bruno, sans conviction, acquiesce.

 

Carnet de voyage de Laurent Van Parys à découvrir dans le Numéro 68

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