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Bouts du monde n°3815 
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Carnet de voyage France

Pour ses vacances, Stéphanie Gysin a entrepris un tour de France pour aller visiter les amis qui habitent aux quatre coins du pays. Au guidon de sa bicyclette, elle s’est lancée à l’assaut de paysages familiers, avec les yeux grands ouverts et des carnets dans ses sacoches.

– EXTRAIT –

Je ne sais plus trop comment l’idée a germé, mais elle ne m’a ensuite plus quittée : je vais faire un tour de France des amis ! Aller retrouver des personnes que je n’avais parfois pas vues depuis plusieurs années, ça me plaisait bien comme concept. Alors je me suis dit : et pourquoi pas partir à vélo ? Car je l’avais déjà expérimenté, la bicyclette imprime un rythme, un tempo bien particulier, qui permet de s’imprégner pleinement des paysages, de les ressentir, de les humer, de les entendre. Et puis on file parfois très loin, on s’envole vers des contrées reculées ou exotiques, alors que juste  depuis chez soi, comme ça tout simplement, on peut se lancer à l’assaut d’horizons familiers avec un regard nouveau. Retrouver des gens que j’aime, découvrir d’autres régions, croiser de parfaits inconnus, être libre de me poser partout ou presque… Voilà quelques aspirations simples qui ont motivé ce voyage estival.

Juin est là, c’est le temps des ultimes préparatifs. J’ai le matériel, j’ai une trame d’itinéraire et mes premières haltes sont assurées. Il ne reste plus qu’à baptiser  ma monture, il paraît que c’est de bon augure. Ça sera Philémon ! C’était le quatrième prénom de mon grand-père paternel : Jacques, Louis, Charles, Philémon. Je ne l’avais jamais connu que sous le nom de Louis, avant de tomber un jour sur des papiers officiels, carte d’identité ou carnet militaire. La fantaisie de ce dernier prénom m’a toujours amusée, on le dirait fait pour voyager.

C’est parti ! Le stress et l’excitation préalables laissent bientôt place à une routine, à une saine dynamique. Au fil des premiers kilomètres, chaque chose trouve doucement sa place, la plus pratique. À gauche, la sacoche de provisions, avec sous la main le pique-nique, le pain frais acheté à la boulangerie du coin, le précieux couteau, les denrées périssables, le sac en tissu pour porter les emplettes. En dessous, la popote, la vaisselle, le « sec », le réchaud, bref, les ingrédients du soir. À droite la sacoche garde-robe et ses « pelures d’oignon » : polaire, cache-cou et T-shirts plus ou moins chauds permettent ainsi au cycliste d’ajuster sa parure et de se sentir bien, de la fraîcheur du matin aux heures les plus chaudes. Puis viennent les vêtements « propres » du soir, un peu de matériel à dessin, les affaires de toilette. La trousse de secours sert de variable d’ajustement. Elle transite tantôt à droite tantôt à gauche pour équilibrer le chargement. Sur le porte-bagages, les accessoires de pluie et le logis : une tente, un duvet, une serviette, une lampe frontale, et un fil à linge et ses quatre pinces. Sur le cadre, la pompe, le nécessaire à bricolage, la chambre à air de rechange, le flacon d’huile qui fuit immanquablement. Et enfin sur le guidon, le plus précieux : le carnet de voyage, la « banque », les cartes et la navigation, et ce satané téléphone qui me joue des tours dès qu’il s’agit d’appeler quelqu’un.

Carnet de voyage de Stéphanie Gysin à découvrir dans Bouts du monde n°38