Le grand voyage des semeuses de joie

/
Zanskar
Commander la revue
Bouts du monde n°4015 
S'abonner
Abonnement 1 an60 
Abonnement 2 ans120 

Carnet de voyage Inde

Nous avons bien conscience que notre histoire d’amitié est formidable. D’ailleurs, elles en sont convaincues : « Nous nous sommes forcément rencontrées dans une ancienne vie ! ».

Une conviction toute naturelle pour des nonnes bouddhistes du petit Tibet. Somme toute, disciples du dalaï-lama, elles croient fermement en la réincarnation, la compassion et l’éveil. Pour moi, française et chrétienne de naissance, ce n’était pas une évidence, même si je trouve cette idée fort séduisante.

Nous nous sommes rencontrées à l’aube de l’hiver 2004-2005, au cœur d’un périple de deux années, durant lequel j’ai traversé seule l’Asie au fil de l’eau, du lac Baïkal au golfe du Bengale. Ce voyage initiatique m’a menée à vivre mon premier hiver himalayen au Zanskar.

Cette petite vallée, nichée à 3 500 mètres d’altitude, au cœur d’une région à la paix fragile et de géopolitique complexe, entre le Kashmir et le Tibet, est de culture et de géographie tibétaine. Un univers remarquable, car il ne porte quasiment aucun stigmate de guerre, de conquête ou de haine. Pas une prison, pas un meurtre dans la mémoire des aïeux zanskarpas. La nature y est rude.

Les ressources essentielles, fragiles et frugales, avaient forgé, plus que tout le reste sans doute, une solidarité essentielle à la survie entre les humains. Ils y avaient établi un pacte avec les animaux, que l’on tuait avec parcimonie en échange de prières. Ils avaient développé un respect très humble pour la nature nourricière.

Avec la venue de routes, de l’argent, du tourisme, d’un monde résolument matérialiste, du gouvernement, de l’armée, des études modernes, d’aides etc., la vie change au Zanskar. C’est là que j’ai rencontré celles que j’ai appelées les « Semeuses de Joie », une communauté de femmes dont l’amitié et le cœur ont changé le cours de ma vie.

Elles étaient douze à notre première rencontre, toutes nonnes bouddhistes de la lignée Gelugkpa, âgées de 25 à 85 ans, à vivre en communauté depuis toujours, dans un lieu de bien peu de moyens. Car si les monastères sont plus importants et riches (terres, taxes…), la dizaine de minuscules nonneries de cette vallée n’avait rien. Elles n’avaient pas même acquis d’enseignement, fut-il religieux ou laïque.

Autres carnets

risus neque. Donec ante. consequat. Praesent sed eleifend