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Bouts du monde n°3615 
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Carnet de voyage Colombie

Anthony Bourrasseau les a finalement trouvés, ces fameux « chivas », perdus au milieu des montagnes andines. A Andes, ils sont encore très nombreux à sillonner les rues et les villages alentour. Au cœur de la culture de cette petite bourgade escarpée, ces fabuleux camions colorés sont même devenus patrimoine de la ville et les habitants leur vouent un culte sans faille.

– EXTRAIT –

4 h 45. Le réveil sonne à peine que je peste déjà contre l’aguardiente et ses conséquences. Des hauteurs de Manizales, la descente est vertigineuse vers Villamaria, le lieu de rencontre avec ma première chiva où j’arrive juste avant le départ prévu à 6 heures. Dans ces montagnes andines, les nuits sont glaciales. Il fait encore nuit noire mais des petits commerces ouvrent déjà leurs portes : ici, vendre des chips dans un garage est tout à fait possible (c’est sûr, on a tous envie de petit-déjeuner de chips à 6 heures le matin). Andrès, l’assistant du chauffeur de chiva, m’accoste et m’indique une place sur un banc coloré.

A 6 heures pile, c’est le départ. Tout semble hors d’âge sauf le lecteur radio-CD qui donne une touche de franche modernité. Le froid est piquant dans le véhicule peu protégé contre le vent. La route goudronnée se transforme rapidement en piste caillouteuse, puis en chemin de campagne. La chiva passe partout, malgré le moteur qui a déjà plus de cinquante ans.

Les chivas, « chèvres » en espagnol, doivent apparemment leur nom aux klaxons très particuliers des premiers autobus. Elles sont construites à partir d’un châssis d’autobus dont la partie arrière est modifiée par des structures en bois et en métal. La plupart des chivas ont une échelle incorporée à l’arrière pour avoir accès au toit du véhicule, ce qui permet de mettre encore plus de personnes ou de bagages. Cette échelle a également donné le surnom de « escaladera » à ces véhicules.

Andrès finit par m’inviter sur le toit dès que le soleil dépasse les sommets des montagnes. Deux règles : se tenir fermement même s’il n’y a que peu de prises et ne pas craindre de manger la poussière (et peut-être éviter de boire trop d’aguardiente la veille). Andrès est décontracté, fumant sa clope tranquillement, se baissant pour éviter d’être fouetté par les branches, pendant que je m’accroche à ce que je peux, balloté dans tous les sens, et me baissant souvent trop tard pour éviter les branches. Le paysage est tout simplement envoûtant : des montagnes aux douces courbes, des volutes brumeuses, du dégradé de vert à perte de vue. La musique colombienne accompagne joyeusement le trajet.

Carnet de voyage d’Anthony Bourasseau à découvrir dans Bouts du monde 36

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