Les forçats de l’Himalaya

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Népal
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Bouts du monde n°4015 
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Carnet de voyage Népal

En 1993, je suis retourné à nouveau au Népal, ce pays qui m’avait conquis corps et âme depuis plusieurs années. Partout des sourires, justes, aérés, francs, les plus beaux sourires du monde ; pas excessifs, exquis !

Débarquant là, dans la région du Kumbu, sans savoir encore grand chose sur l’organisation népalaise des hautes vallées – cela faisait seulement cinq ans que je revenais ici, piqué d’un éternel reviens-y – j’aperçus l’homme du chemin ; cet homme-là, je l’avais déjà croisé lors de mes premiers voyages à pied mais cette fois-ci, je me suis attardé, attaché à décrire sa tâche, à comprendre son mode de vie et son attachement à son village d’origine en altitude, à me rendre compte de son rôle dans la société quasi féodale de certaines vallées d’en haut. Cet homme me saisit alors, il m’empoigna, je ne vis plus que lui dans cet environnement minéral.

Je m’y attachai, je m’y attachai profondément, je le suivis, je l’accompagnai, je le questionnai, persuadé qu’avec lui j’avais trouvé ce qu’il fallait pour véritablement comprendre ces vallées uniques, desservies uniquement à dos de porteurs, faute de routes. Il me raconta sa vie, son histoire, sans jamais croiser mon regard, avec une pudeur folle. Ceci détermina mes nombreux retours en ces hauts lieux où l’humilité prime plus que tout ! Pas de camion ici mais des hottes remplies de marchandises diverses. Pas de véhicule tout-terrain mais des corps ployés sous la charge. Pas de bruit de moteur mais des ahanements humains et beaucoup de sueur.

C’est ici, cette année-là, au creux de l’hiver annoncé dans de grandes bourrasques glacées, que j’ai compris dans quel réel je me trouvais, que j’ai véritablement cerné leur rôle, leur labeur quotidien, leur courage et leur endurance. Plus encore que les paysages majestueux, les pics élancés et les neiges éternelles, les porteurs ont déterminé mes très nombreux retours sur place. Ils sont le nerf de ces vallées du bout du monde, y occupent une place absolument cruciale dans la société du haut pays et je reste aujourd’hui encore totalement abasourdi par leur travail de forçats.

Ils sont les colporteurs de nos campagnes d’antan, acheminant denrées et nouvelles, d’une vallée à l’autre, en toutes saisons. Leur charge dépasse bien souvent les 80 kilos : hallucinante vision que de les voir avancer dans la pente, lentement, la sangle frontale tendue, devisant et souriant avec leurs collègues malgré tout.

Pas de camion ici mais des hottes remplies de marchandises diverses. Pas de véhicule tout-terrain mais des corps ployés sous la charge. Pas de bruit de moteur mais des ahanements humains et beaucoup de sueur. C’est ici, cette année-là, au creux de l’hiver annoncé dans de grandes bourrasques glacées, que j’ai compris dans quel réel je me trouvais

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