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Bouts du monde n°4215 
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Carnet de voyage Djibouti

Ce sont les clients d’une buvette de la rue principale d’Obock qui le disent : Henri de Monfreid aurait enterré un trésor sous une mosquée. Ils le tiennent de la veuve d’un marin qui a navigué avec l’écrivain-commerçant.

– EXTRAIT – 

Le khamsin qui souffle depuis quelques semaines sur Djibouti confère à Obock, le chef-lieu afar, planté à quelques encablures du détroit de Bab el Mandeb, une image de cité perdue dans les sables. Plom­bés par la chaleur, les habitants en ont déserté les ruelles poussiéreuses pour se calfeutrer chez eux à la recherche d’un peu de fraîcheur. Ici et là, immobiles à l’ombre des maisons, des chèvres semblent avoir été victimes d’une crise d’apo­plexie. En ce milieu d’après-midi, rien ne bouge. À l’exception de la rue principale où, installés en rangs d’oignons, commerces et échoppes, restés ouverts malgré la canicule, accueillent quelques irréductibles.

Ali, le taulier d’une des buvettes, prépare et sert à ses clients, stimulés par les premiers effets du khat, un thé aromatisé à la cardamome. Parmi les habitués, on trouve un groupe d’amis venus « brouter » cette plante de la famille des amphé­tamines, dont l’usage, prohibé en Occident, est une institution sur la Corne de l’Afrique et au Yémen. Les esprits s’échauffent, les diatribes contre le gouvernement djiboutien fusent de toutes parts. Les tensions qui perdurent entre Afars et Issas, sont au cœur des discussions. Pour certains d’entre eux, à l’évidence, le « Mer­quana », l’état de plénitude marqué par le relâche­ment soudain de tous les sens, attendra encore, au moins le temps de mastiquer quelques bottes de khat supplémentaires. Certains y ont vu un signe du destin, accordé par le tout-puissant à cette famille de marins.

Située à l’entrée de Bab el Mandeb, à proximité des côtes yéménites et à quelques milles nau­tiques de la mer Rouge, Obock est la base idéale pour un trafiquant. Cette bourgade, délaissée au profit de la ville de Djibouti, n’attire que très peu d’Européens. Un atout majeur pour celui qui exècre le mode de vie et la mentalité des colons. « Je suis donc à Djibouti et j’éprouve une bien pé­nible impression d’être plongé dans ce milieu in­fect (le mot n’est pas trop fort) des coloniaux… Gens puants, poseurs, cancaniers. C’est la lie de notre société qui vient ici épanouir ce qu’elle a de plus ridicule », écrit-il dans une lettre à son père.

(…)

Monfreid s’installe donc en famille à Obock, loin de cette société honnie, dans une demeure face à l’océan. À l’époque, comme aujourd’hui, les conflits qui gangrènent la région stimulent les ventes d’armes. Monfreid profite de la position, pour le moins ambiguë, du comptoir de Djibouti pour multiplier les affaires. La France, qui a signé des accords avec l’Angleterre interdisant le com­merce des armes au Somaliland et au Yémen, prélève une taxe sur chaque carabine qui transite légalement dans sa colonie tout en fermant les yeux sur la destination finale de la cargaison.

Le carnet de voyage de Pierre Javelot  à découvrir dans Bouts du monde n°42

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