Mali Bouts du monde 21
Carnet de voyage - Mali

Les yeux dans les yeux

Sous le souffle chaud de l’harmattan, Emmanuelle Nouzille a fini par créer un lien intime avec les Dogons, envoutée comme sa fille Dorothée par les lumières brumeuses et les odeurs entêtantes.

Il y a des voyages dont on revient transformé. Il y a des visages qui vous marquent à jamais. J’ai eu un véritable coup de coeur pour les femmes et les hommes de Koundou, village perché sur le plateau de la falaise de Bandiagara au pays des Dogons. Après plusieurs visites, le temps aidant, j’ai su créer avec eux un lien singulier, celui qui inspire la confiance, qui crée une intimité naturelle.

D’abord observatrice lors de mes premières visites, je m’imprègne de la magie des paysages,de la lumière brumeuse, des odeurs entêtantes. A chaque départ, déjà, le manque. Puis l’envie, vive et présente, sans autre explication.

Sentir à nouveau l’harmattan de janvier, ce vent sec chargé de poussière. Ecouter encore le cliquetis des métiers à tisser qui fait écho sur la falaise. Revoir les longues files de femmes fières et dignes portant leurs fardeaux sur la tête, leurs habits chamarrés en mouvements colorés, parcourant les marchés. Revoir aussi les greniers aux chapeaux pointus accrochés à la roche, les échelles branlantes aux bois tordus… Revivre les litanies de saluts qui n’en finissent pas, ces rencontres simplement humaines. Je photographie dans l’échange.

Ces femmes et ces hommes sont venus à moi, m’ont offert leur visage. Des peaux lisses, jeunes, pleines et souples, souillées par la poussière, aux peaux ridées, signées par le temps, chaque sillon, chaque marque semble raconter des épreuves ou des joies, leur vie brute, sans artifice. Ces femmes et ces hommes m’ont regardée. Fixés par l’objectif, des regards directs qui plongent dans notre âme, des regards inquiétants, bienveillants, souriants ou dérangeants.

Lors de mon dernier voyage en janvier 2009, j’avais déjà senti quelques tensions entre les populations, notamment à Gao. Les événements que l’on sait m’ont empêchée depuis de retourner au Mali. Comment vivent-ils aujourd’hui ? J’aimerais revenir un jour à Koundou poursuivre avec eux cette conversation les yeux dans les yeux.

Carnet de voyage de Jean-Pierre Poinas à découvrir dans Numéro 21

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