Marseille – Alger : la traversée

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Bouts du monde n°2215 
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Carnet de voyage Algérie

A force de voir le Danielle-Casanova appareiller depuis Marseille en direction d’Alger, Brice Gaubert a fini par embarquer pour un aller-retour entre les deux rives de la Méditerrannée. A bord, les espoirs, les craintes et les névroses d’une génération écartelée entre deux cultures, entre deux villes sœurs.

– EXTRAIT –

Je n’ai pas grand-chose à voir avec Alger. A part Marseille. Je ne suis pas sûr qu’elle soit mon port d’attache. A force de voir des bateaux la quitter pour en revenir, il fallait bien que j’en prenne un ou bien demeurer dans sa rade où je patauge tant que l’eau y est encore chaude.

Je ne connais pas Alger et en même temps je la connais. Parce que Marseille c’est aussi Alger et parce que j’accompagne depuis deux ans de jeunes migrants qui s’en viennent parfois à la nage me raconter leur bled. Alger me fait rêver tout autant qu’elle m’effraie. Un peu comme Marseille.

Selon le « principe de réciprocité », il faut demander un visa pour s’y rendre. Au consulat, la dame qui reçoit les demandes me raille gentiment et me « rassure » qu’un agent de sécurité m’y suivra de loin ou de près… J’aime bien cette idée d’ange gardien, peut-être m’en ferais-je un copain ?

A la suite de la décapitation d’Hervé Gourdel, il est recommandé aux ressortissants français de ne pas se rendre dans une trentaine de pays arabes dont l’Algérie. « Hier encore, me dit-on, si tu tiens absolument à prendre un bateau, pourquoi ne vas-tu pas en Corse ? »

La France qui se lève tôt s’agite. Je sais combien il peut être rassurant de participer à ce vaste mouvement collectif et d’avancer les yeux cernés, la tête basse dans des transports en commun bondés. Voyager sans but touristique ni commercial en ces temps de crise et d’injonction au travail est comme un luxe, un acte de résistance que je paie au prix fort, ou de soumission, celui de m’y sentir coupable, inutile encore.

Il fait gris, maussade, le temps idéal pour prendre un bateau. Dans le hall d’embarquement, pas grand monde. J’espère qu’il y aura assez de personnages sur le pont pour la photo de départ.

Mon compagnon de chambre est déjà là. Il dort. Je dépose mon sac, je le réveille. Il s’appelle Karim. Il a roulé toute la nuit depuis Paris XIIIe. Marseille est déjà loin.

Retrouvez la suite du carnet de voyage de Brice Gaubert à Marseille dans Bouts du monde n°22.

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