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Bouts du monde n°1115 
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Carnet de voyage Sénégal

Le carnet de voyage de Cédric Mané a commencé au fond du jardin d’un pavillon de Vendée, à boire des bières et à fumer des clopes. Cela faisait déjà plusieurs mois que le jour du grand départ était retardé. Cette-fois, il ne manquait plus que le moteur. Il s’était laissé convaincre par Amar, une sorte d’anti-héros jovial et débrouilleur, de convoyer des vieilles Peugeot ou Mercedes en Afrique. Avec son boulot de journaliste, il y avait bien là de quoi tourner un documentaire…

– EXTRAIT –

Ce 4 juillet 2001, en soirée, au volant d’une 504 Peugeot mise en circulation la même année que moi, je venais de perdre dans le désordre ma compagne, mon job, pas mal d’argent, et aussi une bonne partie de vagues autres projets qui se promenaient sur mes carnets. Délesté de ce qui faisait alors de moi un type de 25 ans normal et ravi de l’être, je m’engouffrais sur les routes de Vendée ignorant tout du parcours à venir, léger, heureux et libre comme l’air. Je croyais partir pour un mois, je me suis en fait embarqué dans une affaire de quatre ou cinq années, qui, telle les serviettes d’hôtels de passe d’un célèbre écrivain-voyageur suisse, m’aura d’abord essoré puis enrichi. Paraît-il.

En guise de personnage principal, il y avait donc Amar, un type d’une petite quarantaine d’années qui avait l’habitude de prendre, une fois par an, la direction du Sénégal et du Mali aux manettes de convoi de vieilles bagnoles. Un genre d’anti héros, né en Kabylie et vivant en France, genre assez secret mais quand même bon vivant. J’avais pu récolter en route les récits de quelques une des ces aventures : ces premiers voyages étaient passés par l’Algérie pour rejoindre le Tchad et le Niger.

A l’époque lui y conduisait des R12. Il m’a causé de choses et d’autres, de sa naissance sous un figuier, de fuites les jambes à son cou, abandonnant ses voitures pour éviter la prison, de journées entières à regarder un âne tirer sa voiture en panne, ou à faire le tour de la même automobile cuisant en plein soleil à la recherche du coin d’ombre accordé par la rotation de la terre. Est-ce qu’il en rajoutait des louches ? Peut-être, qu’importe au fond, ça me plaisait, un boniment bien enrobé vaut mieux qu’une vérité fadasse.

Retrouvez tous les dessins de Cédric Mané et la suite de son carnet de voyage dans Bouts du monde n°11.

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