Un pilote de ligne dans les steppes du Kazakhstan

François
Suchel
/
Kazakhstan
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Bouts du monde n°2015 
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Carnet de voyage Kazakhstan

François Suchet lève souvent la tête quand il pédale, à la recherche d’une trace dans le ciel qui lui indique qu’il est dans la bonne direction. Pour ne pas perdre le nord, il calait la roue de sa bicyclette dans le sillage des avions de ligne qu’il a pilotés tellement souvent entre Canton et Paris. Mais cette fois, il avait décidé de rentrer à vélo, à travers notamment les steppes du Kazakhstan, sur des chemins non balisés.

– EXTRAIT – 

“On peut vouloir partir, parce qu’on n’a jamais voyagé. Moi, j’ai décidé de voyager parce que je suis trop souvent parti. J’ai parcouru le monde sans le voir. Neuf millions de kilomètres, onze mille heures de vol, quinze mois de ma vie passés dans le ciel à survoler les terres balafrées par la cupidité et la misère. J’ai aussi admiré des paysages grandioses, toujours vissé dans le confort cotonneux de mon cockpit, bien à l’abri des réalités qui défilaient sous mes pieds. (…)

Le 8 janvier 2010, j’ai pris l’avion pour Canton, j’y ai acheté un vélo et je suis rentré avec, en suivant au plus près la ligne aérienne, que je connaissais si bien vu du ciel. Après avoir traversé la Chine et connu maintes péripéties, j’ai découvert le Kazakhstan. (…)

23 juin 2010. Quatre-vingt-dix-sept kilomètres pour une moyenne de 15,4 km/h, vent de face. Ce n’est pas terrible, mais j’ai perdu mes jambes d’hiver. Rien de pire que la mécanique du corps pour se gripper. La première chose frappante est l’absence totale de clôture. L’esprit nomade souffle encore sur la steppe. Braquer à droite ou à gauche à chaque instant et rouler dans l’herbe ; cette hypothèse procure un sentiment de liberté incommensurable. À l’image de nos terres, nos vies sont cloisonnées. Découvrir de telles immensités sauvages est une jouissance brute”…

Carnet de voyage de François Suchel à découvrir dans Bouts du monde n° 20

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