n°20

Les terres meurtries

Automne 2014
Bouts du monde n°2015 
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Description

Nous avions déjà publié cette photographie de Philippe Conti en page 9 de Bouts du monde n° 20. La scène se déroule sur une plage de Gaza. C’était dans le n° 2, en 2008, alors que le blocus imposé par Israël et l’Égypte asphyxiait l’enclave palestinienne depuis six mois. L’actualité de l’été a fait resurgir de nos mémoires cette image où survit l’innocence de l’enfance. Des bombes sont tombées sur les plages depuis, sûrement parce que les terroristes y font des châteaux de sable.
Ces terres font encore rêver les voyageurs. Mais la Galilée, la Mésopotamie, la Perse n’ont plus rien à voir avec les livres d’histoire. Aujourd’hui, cela s’appelle Territoires occupés, Irak, Iran ou Syrie. Reverra-t-on la mosquée des Omeyyades à Damas ? Pourra-t-on à nouveau boire un thé dans le bazar d’Alep ? Des archéologues fouilleront-ils encore dans les ruines de l’ancienne Babylone sur les rives de l’Euphrate ?

La plage de Gaza - ©Philippe ContiLa plage de Gaza – ©Philippe Conti

S’y aventurer relève aujourd’hui d’une étrange folie ou d’une folle passion. Faut-il déserter défini­tivement les zones tourmentées par les conflits religieux, territoriaux, stratégiques ? Sans doute. Surtout si c’est pour grimper dans le mini-bus d’un tour-opérateur qui fait son beurre d’un nouveau genre de voyage : le tourisme de guerre, qui trace des itinéraires cyniques et voyeuristes entre les champs de mines et les hôtels à air conditionné, sans s’approcher trop près de la population. Mais même dans les pays meurtris, des voyageurs empruntent des chemins de traverse. A défaut de nous rassurer complètement, ils nous racontent une autre histoire que celle égrenée par les chaînes de télé, où des bilans toujours en hausse et une diplomatie souvent défaillante continuent leurs pas de danse macabre.

Dans Bouts du monde n°20, Michel Tara nous rappelle comment le Tibet hurle sa douleur ; Timo­thée Demeillers nous raconte comment en Croatie, on trace encore à la va-vite des frontières en pots de fleurs dans la cour de récréation des écoles maternelles, pour ne pas mélanger les petits Serbes et les petits Croates… Il nous faut voir malheureusement les photos de Pascal Meunier pour nous souvenir de ce qu’était la Syrie ; Eric Broncard nous suggère que la Crimée était presque, il n’y a pas si longtemps encore, une riviera insouciante… Quant à Barbara Kan, elle nous montre que Kaboul aussi peut être belle…

William Mauxion

Les carnets du n°20
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