Avec les yeux de Paul-Emile Victor

Stéphane
Dugast
/
groenland
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Bouts du monde n°3415 
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Carnet de voyage Groenland

Carnet de voyage. Soixante-dix ans exactement après les séjours de Paul-Émile Victor (1907-1995), Stéphane Dugast s’est rendu au Groenland oriental pour savoir ce que sont devenus les Eskimos, que l’on appelle aujourd’hui les Inuits. L’empreinte de l’explorateur polaire, surnommé « Wittou » sous ces latitudes arctiques, est-elle toujours vivace alors que les effets du réchauffement climatique bouleversent leur quotidien ?

– EXTRAIT –

Ce matin, le silence est d’or. Grand beau temps et température de saison (9 °C) en cette mi-juin dans le fjord du Sermilik, une large échancrure située le long de la côte orientale du Groenland. Au campement de Ningerte, le jour est désormais permanent à l’approche du solstice d’été. Chasseur expérimenté et guide de l’aventure « Dans les pas de Paul-Émile Victor », Tobias Ignatiussen est aux aguets. Un léger flop presque imperceptible trouble le silence. La tête sombre d’un phoque émerge à la surface. En pointant son museau pour respirer à la surface, il court à sa perte. Tobias bondit avec agilité dans son embarcation, malgré un embonpoint prononcé, et s’éloigne rapidement du campement afin de suivre la nage du mammifère marin. Tobias revient sans traîner avec, à la poupe de son bateau, la gueule ensanglantée du phoque.

Cette scène traditionnelle est devenue rare sur la côte orientale du Groenland. Si, pendant des siècles, la chasse a été l’activité principale des Inuits, elle n’est désormais un métier seulement que pour une soixantaine d’entre eux. Cette tradition est devenue une source de revenu complémentaire pour les rares chasseurs et un loisir du dimanche pour la majorité des habitants d’Ammassalik. Longtemps pivot de la civilisation inuit, la chasse est même aujourd’hui en déclin. Le cours des peaux de phoques est en chute libre. Chaque peau se négocie cinquante euros au Groenland oriental. « Pour vivre correctement, un chasseur est obligé de multiplier les activités d’appoint », nous livre Tobias, dont la majorité du revenu provient dorénavant du tourisme, avant de reconnaître : « C’est beaucoup plus lucratif, même si les moteurs et l’essence coûtent cher ». Les produits de la chasse non exportables limitent les débouchés.

Le changement des habitudes alimentaires, couplé à de multiples campagnes contre la chasse aux phoques menées par des écologistes activistes occidentaux depuis les années 1970, ont fragilisé ce qui était, jusqu’à récemment la ressource principale de la région. En plus de perturber les chasseurs inuits, les dérèglements climatiques influent directement sur le fragile écosystème arctique.

Carnet de voyage de Stéphane Dugast à découvrir dans Bouts du monde n°34

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