n°34

Vers les pôles

Printemps 2018
Bouts du monde n°3415 
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Description

En février, pendant que l’Europe grelottait, le nord du Groenland, au-delà du cercle Arctique, a connu des températures positives, environ trente degrés au-dessus des normales saisonnières. Dans le même temps, une étude de la revue Nature Climate Change affirme que 70 % des 1,6 million de couples de manchots royaux en Antarctique pourraient disparaître d’ici la fin du siècle.
Jusqu’ici pourtant, tout va encore à peu près bien. Le traité de l’Antarctique de 1956 puis le Protocole de Madrid en 1991 interdisent toute exploitation minière ou pétrolière sur le continent blanc, sanctuarisé comme « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». Mais le statu quo serait un miracle. À partir de 2048, le sous-sol de l’Antarctique pourrait être ouvert aux appétits des grandes puissances, COP21 ou pas. En 2011, la Russie a proposé d’abandonner les textes internationaux, au regard de ses « investigations complexes portant sur les ressources minérales, les hydrocarbures et les autres ressources naturelles de l’Antarctique ». Le Grand Jeu a commencé sur la banquise. Comme en Asie centrale au début du XXe siècle, les grandes puissances avancent leurs pions. La Chine multiplie les implantations de bases scientifiques. Cartographes et géologues chinois préparent le terrain afin que le pays soit prêt à forer dès que les derniers garde-fous environnementaux auront sauté.

En Alaska, rien ne va plus ainsi que l’ont constaté Marine Ernoult et Laurent Rigaux. Donald Trump a lancé le top départ d’une nouvelle ruée vers l’or noir, en autorisant à nouveau les forages dans les eaux arctiques qui avaient été bannis par Barack Obama. En survolant ce contexte géopolitique, on se dit que les précautions prises par les équipages et les passagers du Plancius, de L’Astrolabe ou du Marion-Dufresne pour ne pas souiller ces terres vierges semblent bien dérisoires. Ces bâtiments naviguent sous cinquante degrés de latitude sud pour acheminer des scientifiques en Terre-Adélie. Julien Vasseur, ornithologue, est resté quinze mois sur la base Dumont-d’Urville où il a notamment pu observer les effets du dérèglement climatique sur la colonie de manchots. Ailleurs, en Sibérie, Jacques Ducoin a rencontré des éleveurs de rennes, conscients que leur mode de vie est plus menacé que jamais.

Ces questions ne se posaient pas, quand Marie Perrottet est partie en expédition au Groenland en 1975, au temps des boussoles et des cartes en papier. Elle pourrait y retourner avec un bateau de croisière et discuter avec des Groenlandais impatients de pouvoir exploiter leur sous-sol. L’explorateur et écrivain Paul-Émile Victor avait alerté très tôt sur la fragilité des mondes polaires. Son biographe Stéphane Dugast est allé sur ses traces pour mesurer la portée de son message.

Est-ce parce que ce monde est en sursis que la fascination pour les pôles semble plus forte que jamais, comme en témoignent les nombreux carnets de voyage écrits au-dessus du 68e parallèle et envoyés à Bouts du monde? De son côté, le photographe et aventurier Vincent Hilaire prépare l’expédition Greenlandia en 2022, pour étudier l’impact du changement climatique sur les peuples autochtones. Nous garderons un œil sur cette indispensable aventure.

William Mauxion

Les carnets du n°34
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