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Bouts du monde n°1315 
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Carnet de voyage Égypte

Avec son carnet, Frédéric Rudant s’est assis au ras du Caire, sur un bout de trottoir. Il a teinté ses dessins avec toutes les nuances des gaz d’échappement, respiré de grandes bouffées d’urbanisation anarchique et d’embouteillages flamboyants. Avant de se laisser absorber par une ville qui se rafistole avec génie, sans même penser que les choses ne sont pas à leur place.

– EXTRAIT –

De la poussière sur les pages de mon carnet. Une poussière jaune, grise, fine, sèche. Les jambes un peu engourdies, les fesses endolories. Un peu faim aussi.

Cela fait deux heures, ou trois peut-être, je ne sais pas exactement, que je suis assis sur cette bordure qui sépare la zone de circulation de la partie piétonne (…)

Entre deux voitures garées, d’autres derrière, dans tous les sens, parfois définitivement stationnées, ou en réparation. Souvent reconstituées à partir de carcasses et de pièces récupérées, recarrossée, équipées, décorées, polishées, le modèle d’origine a disparu.

Quelqu’un s’assoit à coté de moi, regarde le dessin, regarde la scène, attend. Des enfants rentrent de l’école, les passants se faufilent entre les voitures, en trainant les pieds, attendent un bus bondé, ou un minibus déglingué.

La circulation, constante, s’intensifie, les coups de klaxons omniprésents prennent de l’ampleur, de plus en plus de monde, partout, cris des marchands, musique des boutiques, fumée des braseros, odeurs des grillades et des gaz d’échappement, la gorge est sèche et irrité, la langue piquante, appel de la prière, la nuit est déjà là.

C’est une ville dégradée, il y a trop de choses à entretenir, trop de monde, peu de moyens, un peu comme si l’on abandonnait l’une de nos villes à elle-même en la laissant s’éroder.

C’est ce que je recherche, cette patine, l’usure naturelle, les rafistolages pragmatiques, la vie, la survie… Plutôt qu’une ville du passé cela pourrait être une préfiguration du futur de nos villes surpeuplées, de notre planète, dépassées par l’évolution démographique, par le déséquilibre économique.

C’est une ville ambigüe, qui a souffert de va-et-vient historiques, alternant les périodes glorieuses et les décadences.

Elle s’est adaptée, mais les choses ne sont plus forcément à leur place, les escaliers monumentaux en marbre mènent à des ateliers, des voitures passent à hauteur de balcons, le luxe migre à la périphérie dans le désert, la vie s’installe dans les cimetières (…)

La suite du carnet de voyage de Frédéric Rudant en Egypte est à lire dans Bouts du monde n°13.

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