Chemins sinueux sur le Tokaïdo
Carnet de voyage - Japon

Chemins sinueux sur le Tokaido

« Mon Tokaido » dit Guillaume Simioni qui est allé lentement, à vélo, le long du séculaire chemin qui rejoignait Kyoto à l’ancienne Edo. Tout n’était pas spectaculaire, mais tout était intéressant à ses yeux, même cette horrible quatre-voies qui recouvre le pont de Nihonbashi, qui marque la fin du chemin à Tokyo. Sous le béton, le Tokaido continue de symboliser la culture japonaise.

– EXTRAIT –

Le jeune vendeur me demande quel type de vélo je recherche. Je lui demande quels sont ceux qui sont à ma taille. Deux. Ici, ça réduit vite le choix quand on fait 1,81 m. Bien que d’occasion, ils sont quasi immaculés. Je prends le moins cher. Il a des pneus fins et lisses et un cadre hyperprofilé. Très bling, pas vraiment mon style mais tant pis. À cause de plusieurs contretemps, je n’ai eu qu’un demi-après midi pour me dégoter une monture. Le lendemain matin, je commence tranquillement à pédaler dans les rues de Kyoto, jusqu’au pont Sanjo. A priori il n’a rien d’extraordinaire. Quelques passants, un peu de circulation. C’est pourtant une des deux extrémités du Tokaido. L’autre est le pont Nihonbashi à Tokyo, quelque 560 km plus loin.

Cinquante-trois relais jalonnaient le parcours, permettant au voyageur de se restaurer, dormir, voire prendre certains plaisirs. Mais ne soyons pas trop romantiques : l’ancienne route a presque entièrement été enterrée sous le béton.

Le Tokaido est l’ancienne route qui reliait la capitale impériale, Kyoto, à la capitale shogunale, Edo (aujourd’hui Tokyo), en passant par la côte Pacifique. Littéralement la route de la mer de l’Est. Son origine remonterait au XIe siècle, mais c’est à l’ère d’Edo, à partir de 1603, qu’elle a pris vraiment de l’importance. C’était l’axe de communication le plus fréquenté, et ça l’est toujours. Là où autrefois la plupart des voyageurs marchaient, aujourd’hui ils prennent le train à grande vitesse shikansen (la ligne s’appelle d’ailleurs Tokaido) ou l’autoroute. Le Tokaido fait partie de la culture japonaise. Il fut immortalisé par les fameuses estampes d’Hiroshige, ou encore par les pittoresques aventures de Kitahachi et Yajirobei, écrites par Jippensha Ikku. Cinquante-trois relais jalonnaient le parcours, permettant au voyageur de se restaurer, dormir, voire prendre certains plaisirs. Mais ne soyons pas trop romantiques : l’ancienne route a presque entièrement été enterrée sous le béton.

Le vélo me force à me confronter au réel, qu’il soit agréable ou non : le terrain, la météo, le chant des oiseaux, le vacarme d’un camion, des reflets sur la mer, les déchets jetés au bord de la route… Tout m’intéresse.

Curieusement, aujourd’hui, la plus grande partie du territoire couvert par le Tokaido n’est même pas décrite dans les guides touristiques. C’est ce qui m’a attiré : découvrir un Japon sans fard, ordinaire, tout en ayant ce fil conducteur historique. Après plusieurs voyages dans ce pays, il continue de me fasciner. Il y a la nature et les paysages, qui me touchent profondément. Et quelque chose d’indéfinissable dans la culture, bien que je sois loin de tout comprendre. Après être déjà allé aux quatre coins de l’archipel, je voulais vivre autre chose, peut-être un Japon plus intime. C’est ainsi que j’en suis venu à faire le Tokaido à vélo. Me mettre dans les traces de millions de voyageurs est une forme de pèlerinage. Le meilleur voyage est celui auquel se mêle un périple intérieur. Afin de prendre le temps de faire des images et de me laisser guider par l’inspiration, j’ai choisi de ne pas faire trop de kilomètres par jour, et de voyager très léger. Rien de plus frustrant que d’avoir à choisir entre pédaler et photographier. Autre aspect important, le vélo me force à me confronter au réel, qu’il soit agréable ou non : le terrain, la météo, le chant des oiseaux, le vacarme d’un camion, des reflets sur la mer, les déchets jetés au bord de la route… Tout m’intéresse.

Carnet de voyage du Guillaume Simioni à découvrir dans le Bouts du monde 63

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