Carnet de voyage - France

Des histoires de dinosaures

Il y a cent quarante millions d’années, l’endroit était surfréquenté : des stégosaures, des sauropodes, des tortues, des crocodiles, des ornithomimosaures. Aujourd’hui, Angeac, en Charente, est devenu le repaire de paléontologues qui ne savent plus où donner de la tête. La dessinatrice naturaliste Delphine Zigoni non plus, elle qui a vu le plus gros os de dinosaure du monde.

– EXTRAIT – 

Lundi 17 juillet 2023, retour sur le chantier de fouilles d’Angeac-Charente. Mission numéro un : dire bonjour à tout le monde, ce qui peut prendre un certain temps. Je commence par la station de lavage des fossiles. C’est un choix stratégique : cela me permet d’y découvrir les belles pièces qui ont été dégagées cet été. Lorsque j’arrive, Éric et Doumé sont en pleine discussion.

Éric est un passionné d’égyptologie, de couture et de broderie, incollable sur les robes du XVIIIe siècle qu’il s’amuse à restaurer sur son temps libre. Sur le terrain, il arbore toujours une cotte de travail et un bob brodé par ses soins, dont les motifs reprennent le logo de Jurassic Park et les dinosaures de Mazan. Lorsqu’il ne fouille ni ne brode, Éric est enseignant-chercheur en mathématiques. Déformation professionnelle oblige, il observe puis élabore des théories dont il est justement question. Il en fait part à Doumé : « J’ai bien observé Ronan, et je pense avoir compris. Ronan collectionne les excentriques et je crois que je fais partie de cette collection ».

Éric n’a pas tort : sur ce site paléontologique qui longe la D154 entre Graves-Saint-Amant et Angeac se mêlent des fouilleurs et fouilleuses de tout bord. Des paléontologues, des étudiants en paléontologie, des préparateurs du musée d’Angoulême et du muséum de Paris bien sûr, mais pas que. Ludovic, pilote de drones, est venu cette année enrichir cette fameuse « collection ». Celui qui ne tient pas en place, c’est Gilles, cycliste et professeur de sport à la retraite ; chasseur de fossiles depuis toujours, il connaît tous les coins à fossiles de Charente. Amateur très éclairé, quand il ne fouille pas, il est bénévole au musée d’Angoulême où il aide à trier les microfossiles ou à mouler des crânes de Goniopholis. Camille, lui, a commencé les fouilles alors qu’il était tout môme, aux côtés de son père. Aujourd’hui il a terminé ses études et traverse la France dans son camion aménagé, baptisé Clément, pour proposer ses services comme ouvrier agricole. Il y a aussi Catherine, musicienne, joueuse de clavecin, qui apporte souvent des croissants le matin. Quant à Pierre, dentiste installé à Cognac, sa passion pour les dinosaures ne s’est pas estompée avec l’âge adulte ! Il fait partie de mes interlocuteurs privilégiés pour toutes les conversations traitant de « philosophie de comptoir dans l’argile ».

Cela a commencé très fort dès la première année, quand la truelle de Doumé a buté sur un gros truc. Agacé par ce fossile récalcitrant, Doumé a d’abord pensé à un coprolithe géant, un gros caca fossilisé en somme. Après avoir passé plusieurs jours à détourer ce seul fossile, il a fallu se rendre à l’évidence : ce coprolithe géant est en fait le plus grand os de dinosaure jamais trouvé à l’époque, un fémur de sauropode de 2,20 mètres de haut.

Et puis il y a les dessinateurs et dessinatrices. C’est certainement la seule mission scientifique où il est tout sauf original d’être artiste ! Invitée pour la première fois en 2019, je suis la dernière dessinatrice d’une longue série. Mazan et Isabelle Dethan, qui ont publié une bande dessinée, croquent depuis les premières fouilles l’évolution du chantier. Éric m’a d’ailleurs avoué que c’est en entendant comment j’en étais venue à participer à ces fouilles qu’il a commencé à élaborer sa fameuse théorie… Il semblerait donc que je fasse moi aussi partie de la collection de Ronan.

Le chantier d’Angeac est hors norme à bien des égards… La terre charentaise est généreuse en fossiles de toutes époques et il n’est pas rare de tomber sur des os d’éléphants antiques. C’est ce qu’a d’abord pensé Jean-Pierre, employé des carrières Audoin et fils, lorsque sa pelleteuse est tombée sur un gros os en 2008. Benoît, son patron, s’est alors rapproché du musée d’Angoulême pour confirmation. Le verdict du conservateur est sans appel : ce centrum (la partie ronde d’une vertèbre) est bien trop gros et bien trop vieux pour appartenir à un éléphant, il s’agit d’un véritable os de sauropode, vieux de 140 millions d’années ! Et c’est ainsi qu’a commencé l’histoire des fouilles d’Angeac-Charente. (…)

Chaque campagne de fouille recèle son lot de surprises et de découvertes sensationnelles. Certaines d’entre elles ont même fait la une des journaux.

Cela a commencé très fort dès la première année, quand la truelle de Doumé a buté sur un gros truc. Agacé par ce fossile récalcitrant, Doumé a d’abord pensé à un coprolithe géant, un gros caca fossilisé en somme. Après avoir passé plusieurs jours à détourer ce seul fossile, il a fallu se rendre à l’évidence : ce coprolithe géant est en fait le plus grand os de dinosaure jamais trouvé à l’époque, un fémur de sauropode de 2,20 mètres de haut.
Le carnet d’histoires de dinosaures et de paléontologues de Delphine Zigoni est à découvrir dans Bouts du monde 57

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