Guyane : le paradis morcelé

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Guyane
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Bouts du monde n°3615 
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Carnet de voyage Guyana

Pourquoi Étienne et Émilie Druon sont-ils retournés sans cesse, vingt années durant, en Guyane, au milieu de cette jungle dense ? Au fil des voyages, la forêt amazonienne a tantôt revêtu ses habits d’enfer vert, tantôt ceux d’un paradis morcelé. Les dessins d’Étienne racontent l’urgence de montrer la beauté et la fragilité du monde, les mots d’Émilie la peur et la nécessité de reconstruire leur fil d’Ariane. 

– EXTRAIT –

Nous sommes en 2007 sur la montagne Châtaigne aux alentours de Cacao. Soyons honnêtes, il y a des jours où, j’ai beau être amoureuse, ben… la Guyane, la forêt, les bêtes et mon spécimen de mari, j’aurais bien troqué tout ça pour une soirée bières-foot ! C’est vous dire ! Partis tous les deux pour un bivouac en forêt, nous croisons deux randonneurs revenant en sens inverse. Ils nous préviennent de la présence d’un serpent lové sur le layon à quelques mètres de là, il se voit peu, camouflé au milieu du chemin, entre les feuilles. Après quelques succinctes questions pour déterminer l’espèce, Étienne part en courant fou de joie (moi pas). Il est certain que c’est un grage. Il m’invective de me dépêcher. Soyons clairs, j’ai mon sac de dix kilos sur le dos pour le bivouac qui potentiellement m’empêche d’avancer « vite » et de surcroît pas une once de motivation pour rencontrer la fameuse bête, qu’il va falloir prendre en photos sous toutes ses coutures pendant que mon cher mari le tiendra dans ses mains. Le tout sans penser à ce qui pourrait arriver si la « chose » s’énervait trop. « Allez, Émilie, dépêche-toi, on va le rater ! ». Quoi ? Le train ? A cet instant précis, je me dis que j’aurais mieux fait d’épouser un ingénieur informaticien et de rester à la maison regarder Koh-Lanta ! Étienne était tellement pressé de le trouver, et l’animal si bien camouflé, qu’il l’a tout bonnement enjambé ! Pour une fois (et ce n’est pas souvent), il n’a rien vu, et moi je n’ai vu que lui, bien caché sous sa souche, dans un halo de lumière, magnifique et tranquille, serein… pas comme moi.

Nous poursuivons notre marche sur le layon, sans encombre. Le sentier est magnifique, mais mon esprit ne parvient pas à s’échapper de cette rencontre à la fois magnifique et inquiétante. Arrivés au sommet, avant d’entamer la descente vers le carbet de passage où nous prévoyons de bivouaquer cette nuit, nous faisons une halte. Assis sur un rocher, nous laissons s’installer le silence. Nous sommes surpris par un léger vrombissement. De plus en plus intense, l’auteur de ces bruits ne tarde pas à se faire connaître. Un petit colibri bleu s’approche alors de nous. Il virevolte, repart, réapparaît. On dirait qu’il danse. Nous restons immobiles, telles des statues de pierre, osant à peine respirer. Géants figés devant ce petit bout de plume, d’une extraordinaire légèreté. Mes émotions s’envolent avec lui.

Une aventure d’Etienne et Emilie Druon à découvrir dans Bouts du monde 36

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