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Bouts du monde n°2115 
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Carnet de voyage Russie

Thomas Goisque et Sylvain Tesson frissonnent encore quand ils repensent à cette immersion glaciale à Iakoutsk, la ville la plus froide du monde. 350 000 habitants bravent quotidiennement des conditions dantesques où la température peut descendre à moins 50 °C. Mais ici aussi, les enfants jouent dans les parcs ; ici aussi les hommes offrent des fleurs à leur fiancée.

– EXTRAIT –

On ne grelotte pas par – 40 °C, on souffre. Le froid est une lame qui fouaille la chair, s’attaque à un pied, à un orteil, à un lobe. Il se déplace et ferme ses mâchoires quand il trouve un morceau de choix.

La vie ordinaire devient une épopée. Les habitants font leurs courses par des températures que seuls les alpinistes de l’Everest et les conquérants du pôle éprouvent.

Au « marché paysan », les vendeurs se tiennent en plein air de huit heures du matin à sept heures du soir. Des Tadjiks et des Pékinois frigorifiés se demandent ce qu’ils font là. Rien n’a l’air malheureux comme un Chinois transi.

Devant un étal de lait débité en rondelles gelées, une Mandchoue prétend avoir plus chaud que ses voisines russes : « On est moins coquettes, on n’hésite pas à superposer les couches ». Sur les palettes, les steaks de viande de cheval et de renne ont des reflets de marbre.

Quand une ménagère achète une bavette, on la lui coupe à la scie sauteuse. Des poissons durs comme la pierre sont dressés sur les palettes par ordre de taille. « Ils viennent de la Kolyma ! » s’écrie la marchande. Le nom fait frissonner: c’était l’épicentre de l’archipel du goulag. Kolyma, l’autre mot pour dire enfer…

© Récit Sylvain Tesson – Photo Thomas Goisque. La suite de leur carnet de voyage en Sibérie est à lire dans Bouts du monde n°21.

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