Carnet de voyage - Mozambique

La musique d’un lieu

Nicolas, musicien et poète, se souvient de ses premiers jours au Mozambique où il a vécu trois ans. Le temps a passé depuis mais l’éblouissante beauté de l’Afrique australe a aussi imprimé la mémoire du fils Hector, dessinateur, qui a passé une partie de son adolescence à arpenter les pistes de latérite et les rues de Maputo.

– EXTRAIT – 

À gauche ! Maputo, Mozambique, septembre 2012. Déjà une semaine que je me perds dans tes artères. En cet hiver austral, la douceur et le parfum de « la ville des acacias » m’ont aussitôt pris dans leurs bras et ne veulent plus me lâcher. Je sens que je vais être bien ici.

Sur les conseils de mon vieux pote Carlos Seventine rencontré à Porto il y a une vingtaine d’années, à l’époque où je découvrais les joies de l’Erasmus et de la colocation Nord-Sud, je viens de faire l’acquisition d’une Nissan Patrol d’occasion. Sacré Carlos ! Deux décennies que l’on ne s’était pas revu. Tu m’avais expliqué que ton patronyme te venait de ton aïeul qui portait le numéro 17 dans les mines du Transvaal. Venu faire un stage dans une banque du Portugal, pays que tu découvrais presqu’en même temps que moi, je me souviens qu’en ce mois glacial de décembre, tu dormais tout habillé – costume et manteau – tellement tu grelottais sous nos combles mal isolés. Tu débarquais du cœur de l’été austral, de cette lointaine capitale dont on avait entendu – un peu – parler à cause de la guerre civile post indépendance qui venait d’y faire rage pendant une quinzaine d’années. On a de suite sympathisé. Ton sourire est resté le même, comme ta gentillesse – et ta minceur !

Sur ces explications, et sans GPS, j’ai réussi à me rendre en solo au cœur du réacteur : le mythique quartier de Xipamanine, où opèrent les graveurs de numéros de plaques d’immatriculation sur les vitres, rétroviseurs, phares et toute pièce susceptible d’être facilement subtilisée

Sur ces explications, et sans GPS, j’ai réussi à me rendre en solo au cœur du réacteur : le mythique quartier de Xipamanine, où opèrent les graveurs de numéros de plaques d’immatriculation sur les vitres, rétroviseurs, phares et toute pièce susceptible d’être facilement subtilisée. Effets de la grande pauvreté ambiante, ici tout se vole et se monnaie très vite. Pour que l’opération soit complète, les graveurs posent aussi des mini-rivets sur les clignotants ! Bien souvent, les propriétaires de camions ne possédant pas de garage ou s’absentant longtemps, enchaînent et cadenassent leur batterie latérale ou, carrément, l’emportent avec eux. La nuit tombe, les moustiques commencent à passer à l’attaque sous le grand flamboyant de la cour. Les graveurs ont presque fini leur opération et je vais devoir rentrer – sacré bizutage – à l’heure du rush… Bah, en même temps, j’avais l’impression que ça l’était déjà en arrivant.

Carnet de voyage d’Hector Viana-Martin et de Nicolas Martin Sagarra à découvrir dans Bouts du monde 60

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