José-Marie Bel - l'Album éthiopien
Carnet de voyage - Éthiopie

L’album éthiopien

Il y a près de vingt ans, je fis l’acquisition chez un libraire italien d’un album de près de trois cents photographies anciennes. Celui-ci, volumineux, au format à… l’italienne que je reçois par voie postale, semble en mauvais état mais l’intérieur est resté « frais ».
Mais sur quoi José Marie-Bel a-t-il donc mis la main ? Cet album photo à l’époque de l’Afrique orientale italienne possède la patine du temps qui lui confère un caractère précieux. Chercheur passionné, il a voulu en connaître l’histoire, avant de découvrir qu’il existait plusieurs albums similaires révélant ces trésors photographiques oubliés. Un voyage dans le temps et autour du monde.
– EXTRAIT –

Il me dévoile alors une incroyable collection de photographies ethniques, de scènes inconnues, de poses et de visages remarquables, de sites étonnants et de paysages sublimes.

J’imagine les trois mille kilomètres parcourus depuis les rivages de la mer Rouge écrasante de chaleur et d’humidité, partant de Massawa aux palais somptueux et au bazar animé, soit en train grâce à la remarquable ligne de chemin de fer qui n’est pas terminée, soit en tacot bringuebalant ou à dromadaire se confrontant déjà avec les tribus réfractaires et belliqueuses.

D’abord, la couverture luxueuse m’interpelle, m’intrigue avec un titre gravé en lettres dorées, Fondazione dell’impero, et une date, IX maggio anno XIV, d’un élégant style typographique Art Déco années 30. Plus bas à droite, un logo orientalisé représente un entrelacs composé d’un soleil et d’un palmier avec la cathédrale d’Asmara que j’identifie aisément et de trois lettres : AOI, Afrique Orientale Italienne. Nous sommes en Érythrée et au Tigré au nord de l’Éthiopie, région qui depuis plus d’un an est empêtrée dans une guerre. (…)

J’imagine les trois mille kilomètres parcourus depuis les rivages de la mer Rouge écrasante de chaleur et d’humidité, partant de Massawa aux palais somptueux et au bazar animé, soit en train grâce à la remarquable ligne de chemin de fer qui n’est pas terminée, soit en tacot bringuebalant ou à dromadaire se confrontant déjà avec les tribus réfractaires et belliqueuses. Je ressens les ascensions périlleuses vers les hauts plateaux où les nuits sont venteuses et froides. Puis il y aura le franchissement des cols imprenables, les sentiers et les pistes parcourus à pied, à mulet et à cheval, la pluie, le manque de nourriture et les dangers au bord de précipices, la rencontre avec des animaux sauvages. Je perçois les haltes indispensables ou forcées, les accueils enthousiastes ou suspicieux, les arrêts pour se remettre d’une fièvre ou les négociations avec l’aide d’un traducteur, des protecteurs, d’une escorte armée. Je vois enfin les cadeaux en provenance d’Italie sortis des caisses bien « arrimées » aux animaux de bât : miroirs, images, étoffes, médicaments, fioles, armes et crucifix…

Carnet de voyage de José-Marie Bel à découvrir dans Bouts du monde 51

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