n°24

Tarataboum, tarataboum

Automne 2015
Bouts du monde n°2415 
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Description

Ici, jadis, il y avait un petit tortillard assez charmant. Il s’appelait Le Petit Anjou. Oh il n’allait pas bien vite et ma grand-mère me racontait souvent qu’elle le rattrapait avec sa bicyclette sur la route de Cornillé-les-Caves. Le conducteur arrêtait volontiers sa machine pour cueillir des champignons, et il se raconte toujours qu’on pouvait descendre en marche pour satisfaire un besoin naturel : il suffisait pour cela d’attendre qu’une pente ralentisse la locomotive, de rejoindre l’avant du convoi, de descendre du train, et de remonter ensuite dans le dernier wagon… Ceux qui y prenaient place faisaient de grands voyages : d’Angers à Segré, de Saumur à Cholet. Prendre un train au début du XXe siècle, ce n’était pas rien, même pour faire 50 kilomètres.

Les distances et la vitesse se sont allongées. Mais l’exigence de ponctualité nous a fait perdre de vue, peut-être, le goût de l’aventure. Un bruit pourtant promet plus que tous les autres un beau voyage : le « tarataboum » du train qui file sur les rails.

A condition d’être en vacances, quoi de plus romantique qu’un train en retard ? S’endormir dans le train de nuit entre Paris et Perpignan, faire les cent pas sur les quais de gares perdues, ressortir victorieux d’une gare chinoise surpeuplée avec en main un billet Kashgar-Pékin dans un wagon assis-dur, rêver de lire un gros bouquin en posant sa tête contre la vitre du Transsibérien, aimer grimper dans les Intercités. Les trains inspirent souvent ceux qui ont des crayons et des pinceaux.

Bouts du monde a déjà pris le train : un carnet de voyage réalisé sur des billets SNCF au cours d’un trajet Brest-Marseille (Bouts du monde n° 5), un portfolio à travers les vitres d’un TER dans les Pays de la Loire (n° 7), ou un reportage au Sri Lanka (n° 14) Cette fois, nous embarquons pour un train disparu, celui qui relia jusqu’en 2008 Djibouti à Addis-Abeba. Et puis pour des convois mythiques à Madagascar, en Birmanie, à travers le Canada ou la grande Sibérie.

Tous racontent l’histoire des peuples… L’état des rails est souvent un baromètre fiable de l’état de santé d’un pays. On y devine les rêves d’expansion, les espoirs déçus, ou bien des lignes de vie auxquelles il faut s’accrocher, coûte que coûte.

William Mauxion

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