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Bouts du monde n°3815 
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Carnet de voyage Thaïlande

La Thaïlande n’a laissé aucun répit à Karen Guillorel, emportée par un tourbillon de sensations les plus diverses. Fallait-il qu’elle écoute les histoires de Louis, rencontré au bar de sa guest-house, qui tour à tour pouvaient susciter l’émerveillement ou le chagrin ? La croirez-vous si elle vous dit qu’elle a atterri chez les Karen, par hasard ? Et qu’est-ce que c’est que cette histoire d’alcool de singe ?

– EXTRAIT –

n fouillant dans ma poche distraitement, je suis tombée sur la carte de la guest-house. C’est mon premier jour à Bangkok, mais je sais où dormir ce soir. Khao San Road. J’en connais bientôt la rue principale par cœur. Il n’y a pour ainsi dire que des Farangs – des Blancs. Ils sont là, nonchalants, entre les nippes New Age, les parures en toc, tout ce que les Farangs achètent ici.

Plus tard, je me trouve dans un petit bus vert bondé. À l’intérieur, trente regards s’accrochent à mes pâles épaules découvertes. Des dentitions se découvrent en croissant, le plus souvent joviales, parfois supplantées par la raideur d’une mâchoire. Femmes et hommes impénétrables de Bangkok, faites-moi l’amitié d’un peu de place ! Une vieille haute comme trois pommes répond à mon sourire en agitant un doigt tendu vers le chauffeur à côté duquel se dissimule une place libre. Merci – Thanks ! Elle hoche la tête, amusée. Plus tard encore, je laisse un temps mon regard s’égarer à travers les vitres sales du bus et s’enfoncer dans les volutes de pollution de Bangkok. Sur la route, c’est bourré de tuk tuk alertes, de motos et de bus. « Hahm Baht ! ». Deux mains jaunes secouent un cylindre métallique non loin de mes tempes. « Hahm baht ». Je sors un billet machinalement et la femme secoue la tête en colère. La petite vieille secourante à nouveau me sourit, me tend sa main et compte cinq sur ses doigts : « Hahm Baht ». Après avoir repris honteusement le billet de cinq cents baht puis tendu cinq baht, je m’enfonce dans mon siège et me fais petite comme une souris. La femme aux billets s’est plantée à côté du chauffeur et parle manifestement de moi « Farang, Farang ! » Le conducteur hausse les épaules nonchalamment et esquisse un geste de la main apaisant. L’avant du bus est un assemblage de métal hétéroclite et de fils dénudés, de mécaniques éparses et d’amulettes en grappes. Un portrait jauni du roi Rama XV achève de donner un air désuet au véhicule.

Carnet de voyage de Karen Guillorel à découvrir dans Bouts du monde n°38

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