Yann Letestu - Transsibérien - Bouts du monde
Carnet de voyage - Russie

Vers l’est lointain

Rejoindre l’Asie par le Transsibérien, c’est l’assurance de s’installer aux premières loges d’un théâtre grandeur nature. Yann Letestu n’a plus qu’à ouvrir grand ses yeux et son carnet de voyage, puis à sortir ses pinceaux.

EXTRAIT :

Moscou-Irkutsk. Un voyage dans le voyage. Un trajet en train de plus de trois jours, en troisième classe, sans escale, mais avec des arrêts.

Du wagon de queue au wagon-restaurant, nous sommes les seuls Français à bord. Nous trouvons donc naturel, qu’il soit naturel pour les autochtones, durant ce long trajet convivial, de nous observer. Ils se montrent curieux, pleins d’attentions et dotés d’un bon sens de l’humour. Le samovar (grande bouilloire) trônant à l’entrée de chaque compartiment est au Transsibérien ce que le comptoir est au bistrot, le lieu magnétique où naissent les brèves et les rencontres improbables. Tout le monde consomme de l’eau chaude à l’excès, souhaitant provoquer une comique conversation avec les mains, pour pallier la barrière de la langue.

Ces heures savoureuses sont le temps de l’aquarelle (diluée à l’eau chaude) que Yann met à profit pour ses croquis : détournements poétiques de la vie domestique locale à bord, de la valse des voyageurs et de la scénographie des quais. Carnet de voyage, où l’art de se réchauffer avec des images, en étant extérieur à leur éclat. Le souvenir sous forme d’illustrations.

Le dépaysement n’étant pas un mal, nous rencontrons le bien à Irkutsk, en Sibérie. Nous n’y passons pourtant que deux jours. Amoureux des étendues d’eau, nous n’essayons même pas de résister à la séduction du lac Baïkal. Sur l’île d’Olkhon, un des cinq lieux chamaniques au monde, nous sommes submergés par le vertige de la découverte, nos yeux s’emparent du panorama, nous nous laissons inviter par ses paysages dont les repères brillent comme un ailleurs.

Carnet de voyage de Yann Letestu et Marie-Stéphanie Cellerier à découvrir dans Numéro 48

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