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N°48 Vers l'est

Automne 2021
15 

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Dans chaque numéro de Bouts du monde, une quinzaine de carnets de voyages et une thématique pour rire, rêver, s’émouvoir ou questionner le monde.

Description

Tout le monde déteste la Russie. Au diable sa littérature et sa musique, son histoire et sa géographie, on ne peut pas faire confiance à un pays qui a déployé ses fuseaux horaires au-delà du raisonnable. Allons-y pour les clichés : les Russes sont des espions ou des cybercriminels qui ont souvent une kalachnikov planquée dans le coffre de la Lada. Et puis ce sont des buveurs de vodka.

Mais en ajoutant dans le fond du verre une larme de mysticisme, un soupçon d’excentricité et une bonne dose d’abattement ou de fatalisme, apparaît un intrigant précipité : l’âme slave. Un zest d’exotisme complète le cocktail : il demeure en ces contrées orientales les vestiges – rouillés mais pas trop – d’une histoire qui s’est effondrée sur elle-même. Folklorique malgré elle, l’URSS s’est ancrée dans nos représentations et nos imaginaires. Et dans la mémoire de Reynald Monge. À la fin des années soixante-dix, il officiait comme guide touristique à Saint-Petersbourg, encadrant des voyageurs avides de découvrir, en pleine guerre froide, l’envers du décor. Quarante ans plus tard, bercé par l’ostalgie d’une époque révolue, il livre ses souvenirs où Kafka n’est jamais bien loin.

Cédric Gras a fouillé les archives du KGB à Moscou pour raconter le destin oublié des frères Vitali et Evgueni Abalakov, alpinistes sibériens qui ont planté le drapeau rouge sur les plus hauts sommets de l’Himalaya et du Pamir, avant d’être victimes des purges staliniennes. Son enquête, Alpinistes de Staline, publiée chez Stock en 2020, lui a valu le prestigieux prix Albert-Londres.

La Russie, qui a toujours fatigué les envahisseurs, est une formidable terre de voyages.  Pour ce faire, le pays n’a pas lésiné, tirant ses rails jusque tout là-bas à Vladivostok. Le Transsibérien n’est pas tout droit ; en chemin Ekaterinbourg, Krasnoïarsk, Novossibirsk, l’Altaï, le lac Baïkal portent en eux le souffle de l’aventure. À travers ses fenêtres, le train a déployé forêts de bouleaux et villages d’isbas à Yann Letestu, assis aux premières loges de son Bolchoï.

On devine dans le récit d’Amboise Baillifard et Boris Lattion des chemins de traverse faits d’ornières dont il était difficile de s’extraire. Louis Picavet en sait quelque chose, lui qui s’est replié dans l’intimité de communautés après avoir dévoré les horizons. Sylvestre Jaraud a pris son temps pour traverser le plus grand pays du monde, s’y créer une routine et découvrir ce qui se cache derrière l’âme russe. Il est revenu avec une formule en guise de certitude : « Si vous comprenez quelque chose à la Russie, c’est qu’on vous l’a mal expliquée ».

On pourrait choisir de ne pas comprendre, finalement. Ce n’est pas ce qu’a fait le Nantais Matthieu Haag, parti rejoindre en stop le village de sa grand-mère en Slovaquie, qui avait émigré à pied vers la France dans les années 1930. De cette histoire, il n’avait jamais rien su. Alors il a écrit « Bratislava » sur une pancarte en carton et s’est mis en route. Le premier jour, il a mis une grosse journée pour dépasser le périphérique de Nantes. L’absurde n’est pas toujours où on croit.

William Mauxion

15 
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