Arctique : sur les traces de l’ours

Michel
Rawicki
/
Groenland
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Bouts du monde n°2715 
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Carnet de voyage Groenland

Michel Rawicki aime la photo et le froid. Il a découvert l’une à l’aube des années 60 grâce à un Kodak offert par ses parents. Il a embrassé l’autre dans la vallée de Chamonix en 1962, où il réalisera ses premières photos de « glace » à l’aiguille du Midi. Depuis, il rêve d’icebergs et d’ours polaires.

Groenland, Cap Melville, 27 avril 2012. J’avais écrit son nom dans la neige : « Nanoq, Le Seigneur des Glaces », comme une invitation, une prière presque, mêlée de peur et d’excitation aussi. Iggianguaq, musher de son état et aussi un peu chamane m’avait pourtant prévenu : « On ne provoque pas le destin ainsi, ikinngut (l’ami, ndlr), en s’asseyant impunément dos à la montagne, pour fixer l’horizon ! »

Je ne m’en inquiétais pas pour autant ; un œil aux aguets, l’autre rivé au viseur de mon appareil photo, slalomant entre les compressions glaciaires, armé de mon seul 600mm, alors que depuis une semaine nous jouions à cache-cache lui et moi. Lui en quête d’une rencontre et moi d’aventure, ou le contraire je ne sais plus, en tout cas d’un possible exploit photographique avec le seigneur des lieux dans mon cadrage.

Pourtant, alors que je m’étais résigné, à l’aube de mon retour à Savissivik, dernière étape avant Cape York en Baie de Melville, je m’installai sur un petit promontoire rocheux pour contempler une dernière fois cet univers si particulier, fait de sculptures éphémères, bestiaire de glace aux couleurs et aux formes ciselées par les éléments naturels.

Que cherchais-je au fond ? L’inspiration ou bien la silhouette de ce sumo qui règne sur le grand désert blanc et qui, lorsqu’il se dresse sur ses pattes arrière, peut mesurer jusqu’à trois mètres de haut.

Origine de toutes mes rêveries et déambulations intérieures, cet univers, mariage du cristal de la lumière et de l’érosion, sera toujours pour moi une source d’inspiration ; peut-être plus encore ce jour-là ; pourquoi ? Je ne le savais pas bien, pas encore en tout cas.

© Carnet de voyage de Michel Rawicki à découvrir dans Bouts du monde n°27