n°27

Les Etats-Unis

Eté 2017
Bouts du monde n°2715 
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Description

C’était caoutchouteux, un poil tiède, et du ketchup avait dégouliné jusque sur mes chaussures. Pas l’endroit pour faire la fine bouche : c’est là que fut « cuisiné », voici tout juste un siècle, le premier hot-dog de l’histoire, chez Nathan’s, à quelques encablures de Coney Island, la plage de New York. Ce n’est pas l’aspect le plus spectaculaire de la culture américaine, mais la façon dont la street food a ensuite envahi le monde mérite d’y penser un moment entre deux gorgées de coca. Sur les murs des diners qui bordent la mythique promenade de planches, quelques photos sépia de vieilles Buick et des casquettes de base-ball représentent une idée caricaturale de l’American Way of Life. Des néons de réclames proposent double ration de pop-corn.

Difficile d’atterrir à New York sans penser en vrac à tout ça. On aime détester l’Amérique, mais se balader la tête en l’air sur Park Avenue ou le pont de Brooklyn aide à réaliser que ces folies de briques et d’acier ont bercé l’imaginaire de beaucoup. On a envie d’accompagner Marielle Durand au sommet de Top of the Rocks pour la regarder dessiner l’Empire State Building, cet exploit architectural érigé le temps de le dire sur la 34e. On voudrait embrasser toute la folie de cette ville, on aimerait qu’on nous raconte toute son histoire, et on se surprend à siffloter la musique d’Ennio Morricone, Il était une fois en Amérique, en descendant les rues du Lower East Side.

Bien sûr, New York n’est pas l’Amérique, pas la seule. Il y en a une autre, celle qu’on n’aime pas, celle à qui Donald Trump fait de l’œil. Celle qui se cache à l’ombre des silos à grains du Middle West. C’est cette dernière qu’ont sillonnée Tess et Eliott Marshall-Raimbeau, deux Angevins partis sur les traces de leur grand-mère, ex-mannequin de Coco Chanel. Elle a fini sa vie dans l’Iowa après avoir fréquenté les salons de la rive gauche et fait les quatre cents coups avec la beat generation. Théo Gosselin, voyageur photographe qui ressuscite les road-trips façon Kerouac, aurait sans doute aimé faire un bout de route avec cette grand-mère haute en couleur, qui a paraît-il fumé des pétards avec Truman Capote et Gregory Corso.

Et puis il y a l’Amérique des grands espaces. En partant de l’Est, on la trouvera juste après les champs de maïs. La Route 66 et les bus Greyhound sont un bon moyen pour l’atteindre. Marion et Amélie Laurin ont préféré s’y enfoncer en stop, dressant un tableau différent de l’Amérique du bord des routes.

William Mauxion

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