Carnet de voyage au Malawi

De l’eau au bout de la route

Pour apporter l’eau, il faut un puits. Pour creuser un puits, il faut une route. C’est cette histoire, incarnée par le pasteur américain Kurt Dahlin, que la photographe-documentariste Isabelle Coulon a rencontré au Malawi. Ici, des communautés isolées construisent la piste avec des outils fabriqués à la main pour qu’arrive le camion transportant la foreuse.

EXTRAIT :

Petit à petit, les chances de trouver encore de l’eau s’amenuisent. Les premiers orages qui noircissent le ciel annoncent une saison des pluies qui durera plusieurs mois. Si cette eau qui tombe du ciel est providentielle pour les cultures, elle est aussi la cause d’épidémies mortelles. En ruisselant, la pluie charrie des millions de bactéries. Choléra, dysenterie, typhoïde n’épargnent personne et les premières victimes sont les enfants. La pluie est aussi annonciatrice de l’arrêt de la mission de forage pour cette année. Car elle pourrait couper tous les accès, et le camion risquerait de s’embourber. Il se retrouverait alors immobilisé dans la brousse pour plusieurs mois. Et ce n’est pas envisageable.

Dès les premières pluies, la végétation réapparaît, luxuriante, partout autour des baobabs majestueux. Comme un signal, les insectes sortent par milliers. Les fourmis se suivent en interminables processions. À la tombée du jour, coléoptères, moustiques et papillons envahissent nos quelques sources de lumière. Les scorpions sortent de leurs cachettes, attirés par la fraîcheur. Bientôt, ils sont partout, sous une pierre, une table, une chaise…

Kurt, harassé de fatigue et de tristesse, nous confie ses inquiétudes. L’équipe de forage ne va pas pouvoir rester. Le camion reprendra le chemin de la capitale dès le lendemain. Il n’y a pas d’autre choix. Même si, malheureusement, une communauté est toujours privée d’eau. C’est le cœur brisé pour ces habitants isolés de Phirilongwe que nous nous résignons à prendre la route du retour. Il faut reconditionner les bagages, le matériel, les équipements. Demain, nous quitterons la petite école désaffectée que nous habitons tous ensemble depuis un mois. Demain, nous n’échangerons plus de fruits avec les enfants du voisinage contre quelques éclats de rire, ou quelques bonnes réponses à des devinettes…

Carnet de voyage d’ISabelle Coulon à découvrir dans Bouts du monde 46

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